Après le FSM 2021: Les défis de l’altermondialisme et des Forums Sociaux Mondiaux

Après le FSM 2021: Les défis de l’altermondialisme et des Forums Sociaux Mondiaux

Après le FSM 2021

Les défis de l’altermondialisme et des Forums Sociaux Mondiaux

Intervention à la session du Conseil International du 21 février 2021

 

1. Partir d’une étape réussie du renouvellement des Forums sociaux mondiaux

Le FSM virtuel de janvier 2021 s’est très bien passé, beaucoup mieux qu’on n’aurait pu le craindre compte tenu de la situation générale, des contraintes de la pandémie et du temps très court de préparation.

Les données sur la participation (9500 inscrits de 144 pays dont 1300 associations ; et 800 activités, dont près de 150 sur des initiatives et des mobilisations) sont disponibles à partir du lien suivant : https://owncloud.rio20.net/index.php/s/sRMpSjYA2kFWXXw

Le Forum a été confronté, du fait de la pandémie, à la nécessité d’organiser un forum virtuel.

Le numérique ouvre de nouvelles contradictions. Il permet certes des échanges internationaux sans vols internationaux et sans visas. Mais il manque la force des rencontres et le caractère festif et créatif du présentiel.

La démarche engagée par le Conseil International a été de mettre en avant de nombreux réseaux internationaux qui rappellent la nécessité d’une dimension internationale. Malgré les limites, qu’il faut analyser, cette démarche et l’engagement des trois groupes de travail (Facilitation, communication, finances) a permis de réussir cette étape de renouvellement des Forums sociaux mondiaux).

 

2. Construire une nouvelle phase de l’altermondialisme

Le FSM virtuel 2021 est une étape dans la construction d’une nouvelle phase de l’altermondialisme. Chaque phase de l’altermondialisme est une réponse à la logique dominante du capitalisme dans sa phase néolibérale et s’appuie sur des formes de mobilisations. Dès 1980, la première phase avançait le refus des Plans d’ajustement structurel et de la dette ; elle a été portée par les comités des peuples du Sud contre la dette et les PAS. A partir de 1989, le mot d’ordre, contre le FMI, la Banque Mondiale et l’OMC, était : le droit international ne doit pas être subordonné au droit des affaires ; elle a été portée par les grands manifestations contre les institutions internationales. La troisième phase, celle des Forums sociaux mondiaux, après Seattle en 1999, avançait : un nouveau monde est possible et nécessaire ; elle a été portée par les mouvements sociaux et les Forums sociaux mondiaux.

Pour apprécier la nouvelle phase, il faut partir de l’évolution du capitalisme et du néolibéralisme : à partir de 2008, la crise financière et le néolibéralisme austéritaire, associant austérité et autoritarisme ; la montée de l’urgence climatique ; la crise de la pandémie. Il faut aussi tenir compte des formes de mobilisations : à partir de 2011, les révolutions arabes, les indignés, les occupy. Puis entre 2017 et 2019, des insurrections dans plus de 49 pays.

La nouvelle phase de l’altermondialisme répondra à cette nouvelle situation après la crise financière et sociale et aux réponses des mouvements à la crise de la pandémie et du climat et à ses conséquences sociales et politiques.

 

3. Rappeler l’urgence de la dimension internationale

A une situation par définition mondiale, celle d’une pandémie, les réponses ont été d’abord nationales et étatiques. Cette situation a démontré les limites des institutions internationales, elle a remis en cause la croyance dans la prédominance du marché mondial capitaliste. Elle interroge aussi les mouvements sur la nécessaire réinvention de l’internationalisme et de l’altermondialisme et sur le rôle que doivent jouer les forums sociaux mondiaux.

Les mouvements sont confrontés à la nécessaire redéfinition de l’articulation entre les échelles. Le niveau local s’est imposé comme celui de la survie et de la redéfinition des rapports. La prise de conscience s’est renforcée sur la nécessité et la possibilité de nouveaux rapports sur les manières de travailler, la différence entre ce qui est essentiel et ce qui est profitable, entre les premiers de cordée et les premiers de corvée. Une définition proposée est de considérer le local comme ce qui est universel moins les murs. Les mouvements sociaux et citoyens n’ont pas de sens sans un ancrage local.

Le national mêle l’identité, les frontières et l’Etat. On a pu assister à la prise de conscience d’une intervention publique qui ne se réduit pas à l’étatique et qui s’impose avec l’accès aux droits et aux services publics. De même, l’identité ne se résume pas à l’identité nationale et s’élargit suivant la définition d’Edouard Glissant aux identités multiples de chacun.e.

Les mouvements sociaux et citoyens en réaffirmant leur refus d’une mondialisation néolibérale et capitaliste mettent en avant la nécessité d’une mondialité solidaire, celle d’un autre monde possible et nécessaire. C’est ce qu’ont apporté les forums sociaux mondiaux.

 

4. Partir des grandes régions géoculturelles

La dimension internationale passe par les grandes régions géoculturelles. C’est à cette échelle que se réorganise les enjeux écologiques, économiques, sociaux et politiques.

De ce point de vue, le FSM 2021 a montré ses limites. Autant du point de vue des participants que des associations. L’importance du Brésil et des autres pays d’Amérique Latine est plutôt une bonne nouvelle. L’Europe a été assez présente. C’est la faible participation des autres régions qui est une mauvaise nouvelle. Particulièrement de l’Asie et aussi de l’Afrique et du Moyen Orient.

L’échelle des continents n’est probablement pas la plus adéquate. C’est l’échelle des grandes régions géoculturelles qui prend de plus en plus d’importance. Un des décomptes possibles est de distinguer 18 grandes régions (3 en Asie ; 4 en Afrique ; 1 au Moyen Orient ; 4 en Amérique Latine et aux Caraïbes ; 1 en Amérique du Nord ; 4 en Europe ; 1 en Océanie).

La définition des régions peut aussi partir des liaisons entre les mouvements. Les nouveaux réseaux internationaux de mouvements sont en général organisés à partir d’une ou plusieurs régions géoculturelles.

Pour consolider les forums sociaux mondiaux, la proposition est de les préparer par des forums nationaux et régionaux.

 

5. Approfondir les grands débats de la transition

Un très grand nombre de thèmes ont été abordés dans les 800 activités du Forum, à travers les panels de discussion proposés par le groupe de facilitation et les multiples activités autogérées proposées par les organisations. On trouvera le programme avec le lien suivant  https://join.wsf2021.net/?q=fr/programa-evento

Certains thèmes portés par des réseaux associatifs et des forums thématiques ont fait l’objet de séries de webinaires. C’est notamment le cas du Climat, de l’Economie sociale et Solidaire, de l’Education, du logement, des migrations, de la Paix, de la santé et la pandémie, de Science et Démocratie. Ils seront approfondis par les Forums thématiques et se prolongeront dans la FSM de 2022.

Les grands thèmes de la transition ont été abordés : le social et les inégalités, l’écologie, la démocratie, la géopolitique. Il n’y a pas eu de conclusions qui fassent

l’objet de textes ou de déclarations suffisamment explicites proposées à la discussion. C’est un travail que le Conseil International devrait organiser.
De même, il n’y a pas eu de prises de positions issues du Forum et proposées au débat public sur toute une série de questions, abordées mais non finalisées : l’austéritarisme, l’évolution du capitalisme, la démocratie, les dérives autoritaires, les vaccins, la santé publique, les Firmes multinationales, les GAFAM, le numérique, etc.

Le Conseil International pourrait définir une démarche en ce sens.

 

6. Renforcer les mouvements sociaux et citoyens

Le Forum Social Mondial est constitué par les mouvements sociaux et citoyens. Il permet de renforcer la pluralité et la diversité des mouvements et de faciliter leur renforcement et leurs actions communes. Le grand nombre de mouvements géographiques et thématiques témoigne de l’importance de cet espace des mouvements.

Certains mouvements jouent aujourd’hui un rôle stratégique dans la dimension internationale des luttes. Leur présence a été inégale dans le Forum 2021. Sept mouvements participent à l’interpellation de la mondialisation néolibérale.

Les syndicats de salariés ont été présents avec des centrales syndicales européennes et sud-américaines. Les mouvements paysans ont été peu présents, notamment La Via Campesina, malgré la très importante lutte des paysans indiens.

Les mouvements de femmes ont été assez présents dans leur diversité. Les mouvements de migrants ont été assez présents. Les mouvements des peuples autochtones ont été actifs. Les mouvements contre les discriminations et les racismes, porteurs de la continuité de la décolonisation, ont été très actifs. Les mouvements écologiques ont été présents grâce aux forums suédois, norvégiens et finlandais.

Le renforcement des mouvements sociaux et citoyens pose aussi une question souvent débattue, celle de l’« ongéisation » des mouvements. Elle recoupe très partiellement la question de l’orientation politique ; il y a des mouvements sociaux très réformistes et des ongs très radicales. Elle recoupe beaucoup plus le rôle et l’évolution des mouvements associatifs dans les sociétés et l’ongéisation comme une des formes de subordination, par l’intermédiaire des financements, aux Etats et aux entreprises.

 

7. Appuyer et étendre les résistances

Cette question a été très présente. L’austéritarisme s’est traduit par des régimes autoritaires appuyés sur des idéologies nationalistes et d’extrême droite. Le comportement des Etats dans le traitement de la crise de la pandémie a libéré des tendances très autoritaires. Ces tendances peuvent se renforcer avec l’évolution de la crise sanitaire. On peut craindre une « stratégie du choc » pour réaffirmer le pouvoir des Etats et des multinationales. Une hypothèse d’un passage, dans certains pays, de l’austéritarisme à un fascisme néolibéral ne peut pas être exclue.

Les mouvements seront confrontés à la nécessité de la résistance. Elle comportera un premier volet de luttes pour les libertés démocratiques, pour l’’égalité d’accès aux droits. Elle nécessitera aussi une bataille contre l’hégémonie culturelle de la phase actuelle du capitalisme, contre les idéologies identitaires, sécuritaires et discriminatoires.

Ce sera une des principales tâches du Forum Social Mondial : soutenir et relier les résistances.

 

8. Mettre en œuvre les alternatives

Les contradictions de la situation vont s’approfondir avec la crise du néolibéralisme et du capitalisme. La conjonction de la crise sociale, de la crise écologique, de la crise sanitaire et de la crise démocratique renforce la prise de conscience des bouleversements en cours. Avec de grands dangers et de grandes possibilités. Pour rappeler Gramcsi, le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. Les mouvements doivent participer à la construction du nouveau monde. Les alternatives au capitalisme existent, du local avec les transformations, au national avec les luttes pour les droits. Comme des préfigurations du capitalisme existaient déjà dans le féodalisme, les mouvements peuvent identifier et appuyer les préfigurations du dépassement du capitalisme dans les sociétés actuelles. A l’exemple de l’économie sociale et solidaire qui cherchent de nouvelles voies de production tout en luttant contre les récupérations en tout genre. Le Forme Social Mondial devrait identifier, rendre visible et renforcer toutes les tentatives de dépassement du néolibéralisme et du capitalisme

 

9. Réinventer le politique

L’impératif démocratique nécessite une réinvention du politique. La méfiance des citoyens est considérable ; elle remet en cause les formes représentatives et délégatives. La question démocratique concerne toutes les sociétés, à toutes les échelles, locales, nationales, mondiales. Elle concerne aussi les mouvements et le Forum Social Mondial.

On retrouve cette question dans l’appréciation des tentatives de gouvernements progressistes. Comment concilier une transformation sociale et écologique radicale avec une démocratie réelle ? Comment définir, dans des périodes de transition difficiles, des rapports démocratiques entre mouvements, partis et gouvernements ?

Dans la situation actuelle, les formes du politique sont interpellées. Immanuel Wallerstein disait au Forum Social Mondial de Detroit : c’est vrai qu’il y a 1% et 99% ; mais 99% ça ne suffit pas pour faire une majorité !

Nous devons trouver des modes de coordinations entre les « formes mouvements » et les « formes partis ». Les mouvements doivent définir le rôle politique qu’ils peuvent jouer. Les partis doivent abandonner leur prétention d’organisations d’avant-garde destinées à diriger les mouvements. Ils doivent aussi revoir leur stratégie (créer un parti, pour conquérir l’Etat, pour changer la société) qui instaure l’Etat en seul acteur du changement. A ces conditions, les partis, en tant que mouvements, peuvent trouver leur place au Forum Social Mondial.

 

10. Inventer de nouvelles formes d’organisation du forum social mondial

La nouvelle situation implique de renouveler les formes d’organisation. Il s’agit de l’organisation du Forum Social Mondial en tant qu’événement et en tant que processus. Il s’agit aussi du rôle, de la composition et de l’organisation du Conseil International.

Le débat est ouvert et c’est tout à fait normal. Il y a d’ailleurs eu plusieurs modifications dans l’organisation des Forums sociaux mondiaux.

Parmi les positions exprimées, le débat s’est focalisé autour de positions dites « espace ouvert » ou « espace d’action ». Il est possible de construire un espace qui soit à la fois ouvert et d’action en tenant compte des propositions et des questions soulevées.

L’avantage de l’espace ouvert est de faciliter les alliances et d’éviter les clivages explicites. L’inconvénient est de conduire à une forme de paralysie et d’empêcher des prises de position au nom du FSM, créant un droit de veto de fait. Cet inconvénient est accentué par l’indifférence médiatique par rapport au Forum.

L’avantage de l’espace d’action est de permettre la prise de position du Forum et d’encourager les mobilisations et le soutien aux actions. L’inconvénient est d’ouvrir un espace d’affrontement sur les prises de position.

Est-il possible de trouver une proposition sur les prises de position qui invente une nouvelle forme qui évite le droit de veto d’un côté ou le fonctionnement qu’ont illustré certaines internationales de l’autre. Il s’agit de trouver un moyen de délier consensus et unanimité. Par exemple en poussant à l’adoption de textes qui peuvent être contradictoires et qui rendent publics le débat.
Il faut préciser que la parole n’est pas celle du Forum, c’est celle du Conseil International à redéfinir. On voit mal en effet une déclaration commune à 1300 organisations participant à un Forum.

Le débat pourra être conclu au Forum Social Mondial de 2022 à Mexico.

Les limites du FSM ne sont que partiellement liés à ses formes d’organisation ou à ses erreurs. Même si celles-ci ne doivent pas être ignorées. Elles viennent surtout de l’évolution des rapports de forces mondiaux. C’est de là qu’il faut partir pour définir les enjeux.

 

 

TABLEAU RÉSUMÉ
FSM virtuel 2021

inscrits

Nb pays

Inscrits organisations

Nb pays

Organisations
Brésil 5209 1 529
Amérique Latine (sans Brésil) 1571 20 223
Amérique du Nord 491 3 61
Europe 1085 26 187
Afrique 222 15 54
Afrique du Nord 218 5 24
Moyen Orient 69 8 16
Asie 195 9 53
Océanie 36 4 9
Indéterminés et doublons 524 233
Total 144 9620 81 1371

 

par Gustave Massiah

Où en sont l’altermondialisme et le FSM ? La vidéo du webinaire

Où en sont l’altermondialisme et le FSM ? La vidéo du webinaire

Où en sont l’altermondialisme et le FSM ?

 

Le Forum Social Mondial virtuel qui vient de se tenir fin janvier 2021 a été un beau succès. Il a démontré la vitalité du mouvement altermondialiste. Par la participation (9500 inscrits de 144 pays dont 1300 associations) et par la qualité des débats à travers 800 activités (dont près de 150 sur des initiatives et des mobilisations).

De nombreux réseaux internationaux ont mis en avant la présence nécessaire d’une dimension internationale. C’est une réponse à la situation créée par la crise de la pandémie et du climat. A cette question éminemment mondiale les réponses ont été nationales et étatiques.

Les mouvements sociaux et citoyens ont réaffirmé leur refus d’une mondialisation néolibérale et capitaliste et ont mis en avant la nécessité d’une mondialité solidaire, celle d’un autre monde possible et nécessaire. La question posée est celle d’un nouvel internationalisme et d’un altermondialisme de notre époque.

 

La réunion-débat en webinaire
a eu lieu le Mercredi 17 février

Avec :

  • Boaventura de Sousa Santos professeur à l’Université de Coïmbra (Portugal), membre du Conseil international du FSM, auteur de « Epistémologie du Sud ; mouvements sociaux et critique de la science », 
  • Carminda Mac Lorincoordinatrice du FSM de Montréal en 2016, membre du Conseil international du FSM,
  • Chico Whitacker Architecte de formation, un des organisateurs du premier Forum social mondial à Porto Alegre en 2001, membre du Conseil international du FSM

Débat animé par Gus Massiah (Fondation PAM)

 

Retrouvez l’intégralité de ce webinaire sur le site de l’Institut Tribune Socialiste (ITS) via le lien suivant : https://www.institut-tribune-socialiste.fr/2021/02/22/ou-en-sont-laltermondialisme-et-le-fsm-la-video-du-webinaire/

« Longues Vues » est sur Instagram !

« Longues Vues » est sur Instagram !

« Longues vues »

 

Juliette et Sarah du Collectif de journalistes indépendant.es Longues vues vont documenter

la vitalité de l’héritage politique de Marielle Franco, militante noire et lesbienne assassinée en mars 2018 par des supporters de Jair Bolsonaro. Au programme : reportages, portraits et interviews !

Lors des élections locales de novembre 2020, des militantes féministes Noires, trans, lesbiennes, ont été élues, parfois très massivement, dans le cadre d’une expérimentation politique brésilienne : les « mandats collectifs ». Prenant le contrepied absolu de Bolsonaro, la politique promue par ces activistes est celle de la solidarité et de la défense des communs, dans les discours comme dans les formes d’organisation et de représentations qu’elles choisissent ou créent. La figure de Marielle irrigue et ancre cette dynamique populaire où les femmes et les minorités raciales tiennent une place centrale.

Des portraits de femmes seront publiés au fil des rencontres entre le 9 et le 22 février.

 

Allez retrouver leur travail sur le compte Instagram de « Longues Vues » ➔ https://www.instagram.com/longuesvues/?hl=fr

 

Navalny et les protestations en Russie: quelques éclaircissements – par Karine Clément

Navalny et les protestations en Russie: quelques éclaircissements – par Karine Clément

Navalny et les protestations en Russie: quelques éclaircissements

 

 

« Je suis sociologue affiliée au CNRS. J’écris depuis la France puisque le FSB m’a interdite, l’année dernière, de séjour en Russie pour dix ans. Je représenterais selon les services de sécurité une « menace pour l’Etat ». Ces dernières années, je ne faisais pourtant que mon travail de sociologue dans plusieurs universités de Saint-Pétersbourg. Mais, auparavant, dans les années 2000 surtout, j’étais très investie dans les luttes syndicales et citoyennes qui émergeaient alors un peu partout en Russie, sur des questions très concrètes de salaires non payés, de défense des espaces verts, de logement, etc. Avec des ami.e.s et collègues, nous avions monté l’ « Institut de l’action collective » qui se proposait de faire la publicité de ces luttes au travers d’un site Internet et de les aider à échanger et à se développer.
C’est à cette époque que j’ai côtoyé Alexeï Navalny. Sans que nous soyons « camarades », nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises sur le terrain, à Moscou, Astrakhan ou ailleurs. » – Karine Clément.

 

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Qui est Navalny ? On n’en dit désormais que du bien en Occident et il faut sans doute modérer l’enthousiasme. Je n’ai personnellement jamais été fan de Navalny. En même temps, le cran dont il a fait preuve en revenant en Russie alors qu’il se savait menacé à la fois physiquement et pénalement le hisse sans conteste à la hauteur des héros modernes. Témoignage et explications.

 

Alexeï Navalny vient d’être condamné à 2 an et 8 mois de prison pour un motif fallacieux, révoquant le sursis sur l’affaire de la plainte d’Yves Rocher (eh oui!) parce que le présumé coupable aurait enfreint les règles de son contrôle judiciaire puisque… il était en Allemagne sur autorisation du Kremlin pour se faire soigner après la tentative d’assassinat dont il avait été victime en Russie… Une histoire absurde, mais l’absurdité est désormais le style favori du Kremlin, pour faire de la politique une absurdité.

Qui est Navalny ? On n’en dit désormais que du bien en Occident et il faut sans doute modérer l’enthousiasme. En même temps, le cran dont il a fait preuve en revenant en Russie alors qu’il se savait menacé à la fois physiquement et pénalement le hisse sans conteste à la hauteur des héros modernes.

Je n’ai personnellement jamais été fan de Navalny. Mais je m’en rappelle bataillant aux côtés des habitants de Moscou contre les constructions immobilières menaçant leur environnement, aux côtés des habitants de Khimki pour sauver leur forêt d’un projet de construction d’autoroute mené par Vinci (les Français sont partout). Je m’en souviens aussi dans les « Marches russes » nationalistes (sous le slogan « La Russie aux Russes ») de la deuxième moitié des années 2000 et dans des débats (avec moi aussi) sur l’immigration, dont il faisait à l’époque un objectif de lutte (surtout contre l’immigration clandestine, mais aussi pour un contrôle accru).

Sa popularité a décollé avec les mobilisations de 2011-2012 contre les falsifications aux élections présidentielles, et surtout grâce à ses vidéos dénonçant la corruption et l’enrichissement illégal des plus hauts dirigeants de l’Etat, qui ont donné lieu à des manifestations en 2016-17. Mais en cette période-là, encore, il restait peu connu de la majorité des gens. Il était surtout perçu comme un de ses nombreux «politicards» qui essaient de mener carrière en bernant les gens (selon la perception classique de la «politique sale»).

La situation a radicalement changé. Il est connu de la majorité, y compris grâce au Kremlin qui au lieu d’ignorer comme d’habitude les agissements de l’opposition non institutionnelle, n’arrête pas de populariser son nom dans les médias d’Etat, pour le salir évidemment («agent de l’étranger», «déstabilisateur», «provocateur envoyant les enfants à des manifs non autorisées»), mais aussi pour répondre à ses accusations.

Pour la première fois, Poutine s’est expliqué publiquement (non-non, ce n’est pas son palais, non-non, il vit humblement comme un vrai patriote), ce qui, compte tenu du peu de confiance que les Russes en général ont en la télévision, ne fait que conforter la certitude que lui aussi se sert (et grassement) dans les caisses de l’Etat. De plus, cela le rend risible, lui qui est justement très susceptible sur sa réputation de gouvernant-intègre-soucieux-du-bien-être-de-son-peuple. Du coup, il est tombé de son piédestal, y compris parmi ceux qui ont toujours voté pour lui ou le pensaient au moins garant de la stabilité, de l’Etat et de l’indépendance de la Russie.

Navalny a réussi ce coup de force de déchirer le voile et de
1) casser le Poutine symbole de la résurrection de la Russie pour en faire un politique comme les autres, corrompu, âpre aux gains et méprisant son peuple,
2) montrer par son propre exemple (en engageant son corps et sa vie) qu’il fallait cesser d’avoir peur.

C’est la force du personnage et ce qui impose le respect. Au-delà des réticences que l’on peut avoir et qui peuvent être nombreuses. Son programme économique, par exemple, qu’il ne présente jamais vraiment directement, semble clairement néolibéral (concurrence, compétitivité, privatisations, déréglementation, intégration plus avancée au marché mondial). Ses sympathies nationalistes peuvent susciter la méfiance, elles témoignent aussi du flair politique de cet homme qui cherche à s’exprimer au plus près de ce que ressentent ses concitoyens.

A l’époque de ses voyages fréquents dans les régions, à la fin des années 2010, il soulevait régulièrement la question des inégalités sociales, des salaires lamentablement bas, de l’état de déliquescence des infrastructures et des services publics (ce qu’il était le seul à faire dans l’opposition «libérale»). Il a également soutenu des initiatives syndicales (appui d’un syndicat indépendant de médecins) et citoyennes (appui aux plaintes des habitants sur la gestion de leurs immeubles). Il maîtrise donc le discours populiste. Et en même temps, il est soutenu par les gouvernements occidentaux et, sans doute aussi, par le capital russe lié à l’Occident.

Toutes ces réserves n’empêchent pas de se réjouir de la mobilisation impressionnante qu’il a réussi à provoquer, encore une fois, au prix de sa liberté et au risque de sa vie. Les protestations actuelles marquent un tournant. Tout d’abord, elles se caractérisent par une participation massive des régions, des manifestations ayant eu lieu jusque dans des endroits très reculés. Pied de nez à l’arrogance méprisante de l’élite intellectuelle «éclairée» et pro-occidentale qui n’avait que mépris à l’égard des Russes des régions démonisés pour être soi-disant les vassaux dociles du Tsar Poutine.

Cette Russie des régions, les enquêtes sociologiques le montrent depuis longtemps, est sans arrêt agitée de luttes et d’initiatives citoyennes – pour la survie surtout, de petits riens qui permettent de préserver un minimum de bien-être et qui supposent néanmoins un grand courage et une forte capacité d’auto-organisation. Bien sûr, ces luttes des régions, des ouvriers aussi, des habitants paupérisés, ce n’était pas la lutte pour d’abstraits droits de l’homme, ni non plus de soutien à une «opposition» mythique et monolithique, ni pour la « démocratie », dont on ne sait pas très bien en Russie à quoi elle ressemble.

Les mobilisations actuelles indiquent donc une politisation évidente des luttes sociales, alors que beaucoup disent sortir dans la rue non pour soutenir Navalny et lutter contre Poutine, mais pour que le peuple puisse vivre mieux, qu’il soit respecté, pour que cesse aussi l’accaparation des richesses du pays par une poignée d’oligarques. Ces aspirations correspondent à ce que j’avais rencontré lors de mes enquêtes en régions des années 2016-2018. J’y avais trouvé, au moins dans les classes populaires, un mécontentement et une critique acerbe envers le pouvoir en place (surtout la condamnation des inégalités faramineuses et d’un Etat contrôlé par l’oligarchie des plus riches).

N’oublions pas que dans un pays aussi immense (et riche de ressources naturelles) que la Russie, l’inégalité oppose aussi les régions et le centre qui capture les richesses et ne redistribue rien, au moins du point de vue des habitants de certaines provinces qui se vivent comme « colonisés » par Moscou. La propagande patriotique du Kremlin aggravait encore le mécontentement en mettant en avant la soi-disant « richesse » de la Russie, que la plupart pouvait facilement comparer avec leur réelle expérience de vie.

Ce mécontentement et cette critique, largement partagés et émaillant les conversations du quotidien, restaient toutefois souterrains ou effleuraient parfois à l’occasion de micro-luttes sociales. Trop forte conscience de l’inégalité des forces, trop fort sentiment d’impuissance contre ce qui était (à juste titre) considéré comme le mur de l’argent et de la répression. Il semblerait que Navalny ait réussi à inverser la tendance et à faire croire que, si, il est possible de résister.

En quelques mots, si on sait qu’on s’attaque à un mur et qu’on s’y attaque quand même, c’est bien que la rage est là et qu’elle s’était accumulée ! On pourra rétorquer que les mobilisations ne sont pas massives. Mais, premièrement, les manifestants sont souvent empêchés de se regrouper et déambulent en désordre dans les rues, ce qui rend difficile le comptage. Deuxièmement, le soutien plus ou moins actif va bien au-delà des seuls présents : il y a les klaxons des voitures, les coups de pouce des habitants, les millions de vues de la vidéo sur le «palais» de Poutine et les conversations du quotidien.

Une révolte des jeunes ? Il est sûr que les jeunes sont de plus en plus nombreux dans les manifestations depuis quelques années, alors qu’ils étaient un des groupes les plus apolitiques il n’y a pas si longtemps. Effet du nouveau style politique de Navalny et quelques autres (vidéos, réseaux sociaux), du goût de la liberté, mais aussi de la fermeture de leurs perspectives : ascenseur social cassé, meilleures places prises par les rejetons des oligarques. Il y a aussi les étudiants de Moscou et Saint-Pétersbourg qui viennent des régions et peuvent comparer le niveau de vie et les infrastructures ici ou là, et s’offusquent dans les entretiens d’une telle inégalité de traitement au sein d’un même pays.

Si les jeunes sont nombreux, il ne s’agit pas d’un mouvement de jeunes ou d’un conflit de génération. Ainsi que le montrent des sondages faits parmi les manifestants à Moscou et Saint-Pétersbourg par des équipes coordonnées par Alexandra Arkhipova, toutes les tranches d’âge sont représentées. Les personnes âgées que l’opposition libérale accusent d’être lobotomisées par la propagande du Kremlin sont également sorties dans la rue. Elles commencent ouvertement à condamner Poutine et sa politique, sans que la peur de subir à nouveau le chaos des brutales réformes ultra-libérales des années 1990 eltsiniennes ne les retienne, et là encore, expriment leur colère devant les retraites misérables dans un luxe aussi dégoûtant au sommet de l’Etat.

La propagande patriotique est passée par là. Mais elle a eu pour beaucoup les effets inverses de ceux escomptés par le pouvoir en place : loin d’affermir la légitimité du système, elle a surtout contribué à la politisation des gens, à l’élargissement de leurs points de vue, à la dénonciation de la pauvreté massive (« comment peut-on vivre aussi pauvrement dans un pays aussi riche? » ), à la prise en compte des intérêts du pays dans son ensemble, à l’aspiration à faire partie d’un « peuple » qu’on avait cru mort et enterré par le chacun pour soi et l’humiliation d’un pays ruiné et disloqué.

Les raisons de protester sont donc très diverses et vont bien au-delà de Navalny ou de la corruption. Chacun sort avec son propre ressenti et ses propres aspirations. Tous veulent du changement, du respect, l’arrêt du vol des richesses. Des espoirs et des refus qui s’amalgament sans contradictions et sans tensions pour le moment, puisque la lutte est avant tout pour le changement. Quel changement ? Lorsque la question sera posée, les divisions émergeront, mais pour l’instant il s’agit d’une sorte d’union nationale pour recouvrer sa dignité et, dans un certain sens, la souveraineté populaire. Des propos entendus dans les manifs, je retiens l’idée de se révolter « pour tous les Russes », « pour le peuple», « pour la Russie », « parce que je veux aider mon pays ».

Un dernier détail mérite attention. Alors que les Russes ont l’habitude (dans les manifestations de ces dernières années en tout cas) de se tenir très « sages » en manifestations, très respectueux des règles et convenances, on observe une agressivité inattendue, notamment pour s’opposer aux arrestations arbitraires et pour tenir tête aux forces de l’ordre. La dignité se défend également face aux policiers. Et les répressions (des milliers d’arrestations arbitraires dans tout le pays) ne font pour l’instant que renforcer la rage et la détermination.

En résumé, il s’agit d’une mobilisation où s’agrègent des mécontentements et des aspirations très diverses qui s’expriment pour l’instant dans un élan de solidarité d’un peuple recouvrant sa dignité. Navalny n’est pas le leader mais le détonateur – même pas Navalny le politique (qui en tant que politique ne peut que susciter la méfiance), mais l’exemple réel et physique de Navalny qui a risqué sa vie pour montrer qu’on pouvait résister.

Dans ces conditions, il n’est pas possible de définir le visage politique de la mobilisation, pas possible ni de dénoncer ou se réjouir de l’ultra-libéralisme ou du pro-occidentalisme des manifestants, ni de dénoncer ou se réjouir de l’aspiration à une juste répartition des richesses et d’une lutte contre l’oligarchie. Le rejet du politique est si profond, la désorientation si radicale qu’aucune des coordonnées politiques connues en Occident ne fait sens en Russie pour la majorité des gens. Ni la droite, ni la gauche, ni le conservatisme, ni le progressisme, ni même le monarchisme ou l’anarchisme, etc.

La mobilisation est courageuse, c’est un fait. Elle est solidaire et s’étend à tout le pays et les tranches d’âge. Elle prendra le tour politique (si elle doit en prendre) que lui feront prendre les tours et détours de la mobilisation en marche. C’est dans la rencontre entre les manifestants, les discussions dans la rue et les commissariats, que pourra se construire un nouveau rapport au politique, une autre politique.

Quant au Kremlin et au système politique actuel, il subit la plus forte crise qu’il ait connu depuis l’avènement de Poutine au pouvoir (qui lui-même avait déjà sauvé le système eltsinien de la débandade). Le système a en effet épuisé ses sources de légitimité : ni le patriotisme, ni le populisme, ni la figure de Poutine-le-sauveur ne lui permettent plus de se maintenir. Les oligarques et tous ceux qui profitent du système n’ont dès lors qu’une seule option : la répression nue.

La situation est donc très tendue, les risques sont majeurs, mais le système peut bel et bien s’écrouler. Pour qu’advienne quoi à la place? C’est une question ouverte. Etant de gauche et convaincue de l’actualité de l’agenda social, j’espère que tout ce qu’il y a de militants de gauche en Russie (ils ne sont guère nombreux) pourra s’investir dans la lutte et réinventer, avec tout le reste des manifestants, la politique.

L’activiste des Droits Humains marocain, Fouad Abdelmoumni victime de « Revenge Porn »

L’activiste des Droits Humains marocain, Fouad Abdelmoumni victime de « Revenge Porn »

Fouad Abdelmoumni, a connu dans sa jeunesse (dès le lycée) les prisons du régime de Hassan II. Il est devenu économiste, spécialiste des questions de développement d’inclusion des précaires et de micro crédit (directeur général de l’ONG Al Amana de 1997 à 2010), militant de la société civile marocaine pour la démocratie et les droit humains, soutien actif du Mouvement du 20 Février lors de l’épisode du printemps arabe en 2011 au Maroc, secrétaire général après 2016  de l’organisation Transparency Maroc contre la corruption.

 

Soumis au harcèlement des officines médiatiques et sécuritaires du pouvoir marocain ces dernières années. Il dénonce notamment les formes d’action de ces officines pour « compromettre » les personnes qui critiquent le régime selon les mêmes méthodes (de viol de la vie privée, accusation a teneur sexuelles et financières, etc.) que la stratégie de « kompromat »  pratiqué dans la Russie de Poutine

 

Pour en savoir plus, retrouvez une interview de Fouad Abdelmoumni publiée le 13 février dernier ➔ https://www.youtube.com/watch?v=oE9ZFNvVOXw&fbclid=IwAR0ROJG2F2-wr6teuEkAJJssmAZ08lRQSlNj16MejUENlFlLGgUuc8wDgf8&ab_channel=focale79

Cycle de webinaires « La place du droit dans les mobilisations » – du 16 mars au 8 avril 2021

Cycle de webinaires « La place du droit dans les mobilisations » – du 16 mars au 8 avril 2021

Bâillonnement de l’action militante, recours contre l’inaction de l’État ou simple allergie de la justice à la science : quels enjeux se cachent derrière ces constats ? Quels outils juridiques sont disponibles pour l’action militante ? Qu’a-t-on à gagner ou à perdre sur le terrain juridique ?

Le cycle de webinaires « La place du droit dans les mobilisations » s’inscrit dans le cadre du projet « Sciences – Sociétés – Démocratie », porté par l’AITECGlobal Chance, IPAM et Sciences Citoyennes  à travers lequel nous cherchons à comprendre les relations entre les mouvements sociaux et le monde de la recherche, afin d’outiller les convergences et synergies entre ces mondes parfois cloisonnés.

Le monde militant tout autant que celui de la recherche se trouvent de plus en plus confrontés à des questions ayant trait au droit. Parfois même s’opère une bascule de ces activités sur le terrain judiciaire, qu’il s’agisse d’attaques contre des individus et collectifs dans le but de les museler ou de l’entrée de plus en plus fréquente de débats scientifiques dans les procès. Mais la place du droit tend aussi à évoluer, puisque les mouvements revendicatifs commencent à s’emparer de ces outils contentieux pour faire valoir certains droits ou certains principes que la loi ne prend pas ou mal en compte.

L’objectif de ce cycle est d’échanger sur des outils, des expériences, des méthodes, des moyens permettant de faciliter les actions des mouvements sociaux et environnementaux à travers l’alliance avec des chercheurs engagés. Le partage des expériences passées contribuerait ainsi à la constitution d’un arsenal juridique dans lequel les militants et militantes d’aujourd’hui et de demain viendront piocher.

Le lien d’inscription est disponible en dessous du descriptif de chaque session.
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La première session «La science s’invite au tribunal» aura lieu le mardi 16 mars 2021 de 10h à 13h.
En voici le programme :
• La cause de l’environnement devant les tribunaux
– Notre affaire à tous et « l’arme du droit » : le combat d’une ONG pour la justice climatique – Christel Cournil (Professeur de droit, Notre affaire à tous)
– L’action climatique en justice – Mathilde Hautereau-Boutonnet (Professeur de droit, à confirmer)
 
– La question de la séparation des pouvoirs – Marie Angèle Hermitte (DR au CNRS-EHESS)
• Le rôle de l’expert scientifique dans les procédures juridiques

– La relation juge-expert dans les procès environnementaux par Ève Truilhé-Marengo (Directrice de recherche CNRS, droit de l’environnement, à confirmer)

– L’expertise en génétique humaine au tribunal : quelques leçons de témoignages par Catherine Bourgain (Généticienne et sociologue)
– Le lien entre les mobilisations citoyennes, l’expertise scientifique et les combats juridiques, exemple des OGM par Guy Kastler (Confédération paysanne)