L’Arc de la Paix
Du mouvement anti-guerre au mouvement pour la paix
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par
Bernard Dreano
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novembre 2003 |
Le monde apaisé sera plus riche de diversités et de couleurs que le monde
tumultueux et brutal. C’est la guerre qui est uniformité, monotonie,
refoulement : “L’arc de paix” avec toutes ses nuances est plus
varié que le violent contraste de la nuée sombre
et de l’éclair dans le déchaînement de l’orage. [1] Jean Jaurès (1905)
Les militants engagés dans ce combat ne sont pas loin de partager ce sentiment. Après tout, la décision de manifester le 15 février a été prise lors du Forum Social Européen de Florence de novembre 2002, qui lui-même constituait un succès bien au-delà des prévisions de ses organisateurs. Chacun s’est accordé à reconnaître que le principal pas en avant du IIIe Forum Social Mondial de Porto Alegre consistait précisément dans la jonction du mouvement contre le néolibéralisme économique et du mouvement contre l’impérialisme militaire, dans la convergence des luttes pour les droits économiques et sociaux et des luttes pour la paix. En France, les mobilisations réussies au-delà de toutes espérances d’Annemasse et de Genève lors du G8 et plus encore du Larzac (haut lieu symbolique du combat pour la paix), réalisaient la même jonction. Et le mouvement anti-guerre semble maintenant en mesure de s’organiser à l’échelle mondiale au sein de la nébuleuse altermondialiste, et cela mieux que jamais, si l’on en croit les militants qui ont participé aux rencontres du Caire (décembre 2002), de Genève (mai 2003) et surtout de Djakarta (19-21 mai 2003). Un "consensus de Djakarta" y a été proclamé, censé servir de base à une large coalition internationale, en particulier contre l’occupation de l’Irak, clin d’œil ironique au fameux " consensus de Washington " qui sert de bible aux néolibéraux. [2] La participation était large, incluant des militants venus d’Afghanistan, Australie, Autriche, Brésil, Canada, Timor Oriental, France, Hong Kong, Inde, Indonésie, Irak, Israël, Italie, Japon, Corée, Liban, Malaisie, Pays-Bas, Nicaragua, Philippines, Afrique du Sud, Tunisie, Turquie, Royaume Uni et Etats-Unis, mais le résultat des travaux demeure discutable, et certainement insuffisant, compte tenu des enjeux.
En effet, le succès de cette conférence en Indonésie démontre la vigueur et l’étendue mondiale de la protestation, pour autant, ce mouvement anti-guerre est-il capable de répondre aux défis de la construction de la paix ? Si nous y regardons de plus près rien n’assure que la mutation nécessaire pour relever pareil défi soit effective, voire même qu’elle ait débuté...
Les guerres de notre époque globalisée ont d’autres visages que les expéditions impériales high-tech, avec avions "furtifs" et munitions "intelligentes"
Une protestation anti-guerre ? Mais par rapport à quelles guerres ? Les guerres de notre époque "globalisée" ont en effet plusieurs visages.
Les manifestants du 15 février combattaient la guerre impérialiste ; encore faut-il s’entendre sur ce que cela signifie aujourd’hui. Depuis la fin de la guerre froide, les Etats Unis, seule hyperpuissance, s’affirment en leader et en garant de l’Empire global. Ils le font avec l’appareil hérité de la guerre froide et de sa course aux armements, et à partir des doctrines militaires et politiques issues de cette période. Pour affirmer leur suprématie technologique et idéologique sur leurs alliés ou adversaires, les Etats Unis mettent en avant leur considérable puissance armée. Certains voient dans cette posture un signe de faiblesse, une manière de compenser un déclin économique et culturel annoncé [3], d’autres au contraire la confirmation d’un “siècle américain” destiné à durer [4]. Toutefois, pour tous, le “ complexe militaro-industriel ” américain joue aujourd’hui un rôle essentiel au sein de la principale puissance de la planète. Donc toute contestation de la politique d’impérialisme armé que ce “ complexe ” est censé inspirer devient un élément de contestation majeur de cet empire puisqu’il en est un pilier.
A partir de ce constat, de trop nombreux militants au sein des mouvements anti-guerre, se contentent dénoncer, année après année, “ l’impérialisme américain ” comme si rien ne changeait, sans se préoccuper d’adapter leurs analyses aux considérables mutations de cet impérialisme. Heureusement, d’autres militants savent qu’il est essentiel d’étudier les politiques américaines, et en particulier des diverses manières d’assurer la prééminence états-unienne envisagées à Washington. De ce point de vue il est important de chercher à comprendre quelles sont les tendances lourdes de la politique d’hégémonie, et qu’est ce qui ressort de la prééminence momentanée d’un courant.
La politique des néo-conservateurs (neo-cons comme on dit aux Etats Unis) s’enracine dans certaines tendances lourdes et se déploie dans le contexte particulier de l’actuelle administration. Elle s’est construite de manière continue et cohérente depuis un quart de siècle. C’est celle des neo-cons du Weekly Standard, des William Kristol ou Robert Kagan, reprise par les Richard Perle et Paul Wolfowitz [5], ardents partisans de la direction unilatérale du monde. Pour mener à bien cette politique il fallait des moyens qui correspondaient aux aspirations budgétaires, techniques et matérielles du lobby militaro-énérgétique représenté par un Dick Cheney, un Donald Rumsfeld et l’entourage de Georges Bush père, et un habillage idéologique d’après guerre froide auquel ont contribué les “croisés contre le mal ” fondamentalistes chrétiens. L’élection “ miraculeuse ” de Georges W. Bush puis le traumatisme du 11 septembre ont permit de déployer cette politique dans toutes ses dimensions.
Cette politique c’est la guerre sans limites. Sans limites, c’est-à-dire en profitant de l’immense supériorité technologique US, de la “ révolution des affaires militaires ” (RMA) qui tirait la leçon de la guerre du Golfe de 1991 et reposant sur une vision de la situation de l’après guerre froide. Comment en effet justifier l’hyper puissance miliaire sans le super ennemi que constituait l’URSS, et face au monde “du chaos". [6]
Pour profiter au maximum de tous les atouts que donne cette puissance militaire, il faut que l’engagement américain soit spectaculaire [7] et apparaisse efficace. Mais cela ne voulait pas dire sans limites. Colin Powell, quand il était chef d’état major, et Bill Clinton en tant que président, avaient institué une politique d’intervention limitée dans l’espace et le temps : minimum de morts américains, respect des alliances, et si nécessaire mandat des Nations Unies, engagement conditionné à une garantie de succès permettant de démontrer qu’il n’y a pas de moyen de s’affranchir de la tutelle politique et du modus operandi des Etats Unis pour venir à bout d’une crise grave. C’était la prise de responsabilité impériale du “Shérif réticent” comme l’appelait le conseiller de Clinton Richard Haas [8]. L’application de cette stratégie des limites avait, dans un premier temps, tenu les USA à l’écart de l’ex-Yougoslavie (1988-93), puis une fois prise la décision d’intervenir, la Bosnie (1994-95) et le Kosovo (1998-99) ont servit cette démonstration, la Somalie (1996) faisant par contre partie des échecs fâcheux.
Après le 11 septembre certains “isolationnistes” de l’entourage de G. W. Bush-le-jeune ont d’ailleurs été prié d’oublier cet épisode somalien où les GIs avaient du partir la queue basse devant des bandes armées de pétoires... Car dans l’esprit des néo-cons il n’y avait plus de réticence, plus de limites dans l’application de la politique “d’Empire émergeant" [9], ni dans l’espace ni dans le temps, dès que les intérêts supposés vitaux pour cet Empire, économiques (Irak) ou symboliques (Afghanistan), sont en cause.
Une analyse trop superficielle de l’actuelle politique américaine ci-dessus schématisée, trop simpliste des continuités impérialistes de celle-ci sans en comprendre les ruptures, est préjudiciable au mouvement anti-guerre au moins sur deux points : elle sous-estime les contradictions provoquées par la stratégie américaine et ignore les atouts dont disposent les Etats Unis.
Les contradictions que créent une telle politique se sont exprimées au sein même des Etats Unis et surtout à l’échelle internationale avec le refus franco-allemand de s’embarquer dans la guerre d’Irak, favorisant du même coup la prise de distance chinoise et russe, des pays qui n’avaient aucun intérêt dans l’aventure. La coalition “ antiterroriste ” réalisée au moment de l’opération afghane a volé en éclat. Cela ne signifie évidemment pas que la France ou l’Allemagne soient prêtes à rompre la solidarité stratégique atlantiste ni que la Chine ou la Russie soient désireuses, ou pour le moment capables, de s’opposer à l’hégémonie américaine. Il n’empêche que l’échec diplomatique de George W. Bush dans l’avant-guerre d’Irak a créé un appel d’air extrêmement favorable au mouvement anti-guerre, sans que celui-ci semble en mesure d’en tirer tous les bénéfices.
Il ne faut pas traiter à la légère ou ignorer les raisons qui font que certaines personnes ou certains peuples, à certains moments, adhèrent à la politique américaine. L’option “ révolutionnaire ” que propose un Paul Wolfowitz au Pentagone, qui consiste à positionner les Etats Unis comme véritable gendarme du monde n’a pas seulement pour effet de provoquer la peur du gendarme, elle répond aussi à une aspiration à ce que le néo-cons américain Robert Kagan appelle “l’empire bienveillant" [10] et qui est plus partagée qu’on ne le pense. Cibler comme “ Etat voyou ” le règne obscurantiste des Talibans, le régime massacreur, dictatorial (et affaibli) de Saddam ou l’ubuesque royaume affameur stalino-mandarin de Corée du Nord, c’est cibler des régimes criminels. Evidemment, on peut comprendre que de jeunes palestiniens de Gaza aient vu en Saddam une sorte de Robin des bois, évidement ces régimes ne présentaient moins de dangers immédiats pour leur voisinage en 2003 que de danger permanents pour leurs propres peuples, évidemment, il est d’autres régimes tout aussi détestables de part le monde, du Turkménistan à la Birmanie, évidemment la conception de la justice mise en œuvre par les Etats unis est celle du “deux poids deux mesures ” comme le démontre leur soutien total à Israël, évidemment les Etats-Unis eux-mêmes ont des responsabilités dans l’arrivée au pouvoir des Talibans ou l’agression de Saddam contre l’Iran, etc, etc... Il n’empêche, des intellectuels démocrates en Europe de l’Est comme le Tchèque Vaclav Havel, le Hongrois György Konrad ou le Kosovar Veton Surroï, ou aux Etats Unis comme Michael Walzer, Michael Ignatieff ou Christopher Hitchens [11] ont considéré, quoiqu’il en soit par ailleurs, que la chute d’une dictature honnie était promesse d’avenir et des milliers de jeunes iraniens ont perçu dans l’événement un signal positif pour alléger la chape de plombs des mollahs qui les oppriment. Et, de la Pologne au Kirghizistan, les opinions publiques, même hostiles à l’équipée guerrière de Bush (si l’on en croit les sondages) ne voient pas pour autant d’un si mauvais œil venir le maître américain par rapport à leurs “protecteurs” russes et soviétiques du passé.
Ceux qui dans cette affaire “mettent dans le même sac” Chirac et Bush parce qu’ils défendent tous deux le capitalisme, ou veulent ignorer la position d’un Poutine parce que c’est un massacreur de Tchétchènes, ou d’un Hu Jintao, parce que c’est un oppresseur de Tibétains et d’Ouïgours, manquent de sens politique. Ceux qui veulent ignorer les aspirations démocratiques et parfois philo-américaines d’intellectuels ou de masses populaires, y compris à Kaboul ou à Téhéran, manquent de sens historique. Les uns et les autres, en se contentant de slogans généraux, contribuent à stériliser le mouvement, à l’empêcher de développer les alternatives à l’ordre impérial que sa dynamique est pourtant à même de produire comme nous le verrons plus avant dans ce texte. Leurs analyses schématiques peuvent même conduire des militants de bonne foi aux pires aberrations comme ceux qui croyaient voir en Saddam un survivance de la résistance "nationaliste arabe" à l’Occident - ou en Kim Jong Il une résistance toujours “djouché” [12] et "socialiste” au néolibéralisme. Déjà certains s’étaient imaginés que Milosevic, le principal fossoyeur de la Yougoslavie, défendait les acquis de l’autogestion contre l’impérialisme ! [13]
Combattre la guerre “sans limites”, simplement parce qu’elle est impérialiste ne suffit donc pas, si l’on ne se préoccupe pas de l’insertion concrète de cette stratégie spécifique dans le monde tel qu’il fonctionne vraiment.
Mais il y a plus. Lutter seulement contre “La” guerre, c’est à dire celle (ou celles) menée directement par l’hyperpuissance et ses alliés avec tous le fracas et la puissance de ses moyens, ne répond pas à l’ensemble des problèmes posés par “les” guerres qui se déroulent sous nos yeux. Ce n’est pas en Irak, ni même en Palestine que les armes ont fait le plus de morts en cette année 2003 mais sans doute en Ituri au nord-est de la république démocratique du Congo, au Liberia voire en Tchétchénie... Les guerres de notre époque globalisée ont d’autres visages que les expéditions impériales high-tech, avec avions “furtifs” et munitions "intelligentes".
La mondialisation néolibérale avec ses privatisations et l’affaiblissement des états produit aussi un nouvel état de la guerre, de nouvelles guerres, pour reprendre l’expression utilisée par Mary Kaldor en décrivant ce phénomène voici quelques années. [14] Ces “nouvelles” guerres diffèrent des “anciennes” à la fois en ce qui concerne les buts, les méthodes, les financements [15].
Les nouvelles guerres ont des motivations “identitaires”. Cette dimension ne constitue pas une régression vers le passé, par exemple dans le cas du Sud Caucase vers une sorte de féodalisme, en Afrique vers le tribalisme ou dans les Balkans vers les conflits nationaux arbitrés par les grandes puissances européennes. Loin d’être pré-modernes, les nouvelles guerres sont post-modernes.
Le néolibéralisme contribue à la délégitimation des Etats or l’une des principales fonctions des états etait de légitimer les guerres. Les dirigeants doivent donc “religitimer” les combats et pour cela l’un des moyens est de “réinventer” le passé. Dans ces mécanismes les phénomènes contemporains de la médiatisation ou de l’influence des diasporas (comme en Israël, en Arménie ou en Croatie), jouent un rôle important. Les constructions plus ou moins recomposées à partir de nationalismes ou d’ethnismes préexistants se font d’autant plus facilement que les idéologies libératrices universelles antérieures sont en crise (le socialisme, le nationalisme et même le libéralisme démocratique).. Ainsi par exemple le nouveau nationalisme indou de l’Hindustva ne se réclame plus des valeurs universelles de Gandhi, le Sionisme a abandonné son discours socialiste, etc.. La lutte d’un peuple ou d’un groupe n’a plus à se présenter comme partie prenante d’une aspiration globale à la liberté humaine, mais comme une lutte identitaire en soi. Seul l’Islamisme radical semble encore en mesure de se réclamer d’un universalisme, ce qui explique d’ailleurs en partie son succès.
Deuxième caractéristique, l’évolution de la manière de combattre liée aux buts de guerre. Il ne s’agit pas de gagner, par la persuasion ou la contrainte, le contrôle de la population. Il s’agit au contraire d’obtenir l’expulsion, ou au moins la marginalisation d’une partie importante de la population. Le déplacement de population n’est pas un dégât collatéral mais un objectif de “purification ethnique” légitimé par des considérations idéologiques (ethnisme raciste) ou simplement par la nécessité, pour des seigneurs de guerres, de contrôler un territoire peuplé par leurs seuls obligés. Les crimes de guerres et les crimes contre l’humanité à l’encontre des civils sont des conséquences logiques de ces mécanismes, la menace de génocide, comme moyen ultime, presque toujours présente.
Troisième caractéristique, l’émergence de ce que Mary Kaldor appelle la nouvelle économie de guerre globalisée, caractéristique de notre phase de mondialisation néolibérale. Traditionnellement, l’économie de guerre tendait vers un maximum de centralisation, de rationalisation de la production, d’autarcie et donc d’étatisation. L’économie des nouvelles guerres est au contraire ouverte, décentralisée, privatisée. Les combattants se financent par le pillage et les trafics lucratifs à travers les organisations privées des mafias locales ou transnationales. Les interventions internationales ont en général pour effet d’accentuer le phénomène (détournement de l’aide, accaparement de rentes par des mafias, etc.. ). Bien entendu aux armées classiques, nationales ou étrangères s’ajoutent les milices plus ou moins identifiées avec toutes les formes intermédiaires de forces plus ou moins armées.
Dès lors la guerre n’est plus à proprement parler “la politique par d’autres moyens” comme l’entendait Clauzevitz, elle devient un état économique et social chaotique endémique. Et si l’on constate à un certain moment que la guerre a commencé, on ne sait jamais quand elle se termine : il n’y a plus de traité de paix ou d’indépendance qui y mette fin. Après un cessez-le-feu, s’ouvre un “processus de paix" qui prolonge le processus de guerre et dans lequel les seigneurs de guerres cherchent à stabiliser leur pouvoir sur les “ entités ” qu’ils contrôlent. La stabilisation de la situation "gèle" souvent le conflit plus qu’elle ne le règle et certaines “entités” acquièrent des caractéristiques de proto-état (comme la Nagorno Karabagh, le Kurdistan Irakien, l’Abkhazie, les “entités bosniaques”, la Trans-Dniestrie...). Ce type de “nouvelles guerres” a affecté tous les continents, le Caucase comme l’Ex-Yougoslavie, la Moldavie, l’Afrique de l’Ouest, des grands lacs, du Congo ou de la Corne, l’Irak, l’Afghanistan, le Tadjikistan, le Cachemire, l’Indonésie, Timor, les Philippines, la Colombie, l’Algérie, etc.
Le degré d’intervention internationale dans ces “nouvelles guerres” dépend des enjeux qu’elles peuvent représenter, politiquement ou économiquement, pour les grandes ou moyennes puissance (par exemple la France en Côte d’Ivoire, le Royaume Uni en Sierra Leone ou les Etats-Unis au Liberia.). Parfois ces guerres “nouvelles” (ou anciennes “renouvelées”) peuvent entrer en résonance avec les stratégies d’empire (Kosovo, Afghanistan). Contrairement à ce qui se passait entre impérialistes du XIXe siècle ou pendant la guerre froide, les grandes puissances ne sont que rarement instigatrices, et sont plus souvent instrumentalisées par les belligérants locaux qu’instrumentalisateurs. Ainsi la France n’est pas directement responsable de l’affrontement inter-ethnique en Côte d’ivoire (même si celui-ci à quelque chose à voir avec l’histoire coloniale ancienne du pays), pas plus que l’Allemagne, la Grande Bretagne et a fortiori les Etats Unis, ne sont responsables de l’éclatement de la Yougoslavie (même si la politique du FMI a affaibli l’Etat Yougoslave puis l’irresponsabilité des Français, Allemands et Anglais n’a rien arrangé une fois le conflit déclenché). Bien entendu les puissances, à commencer par les Etats Unis, tiennent compte de la situation en fonction de leurs politiques mais si la guerre “sans limites” américaine a profité d’un point d’appui kurde en Irak ou tadjik en Afghanistan, ce n’est pas directement la politique états-unienne qui est à l’origine de la croisade anti-kurde de Saddam de la fin des années 80 ou de l’affrontement des Talibans avec l’Alliance du Nord de la fin des années 90.
Les thèses de Mary Kaldor n’ont malheureusement fait l’objet que de très peu de commentaires en France, toutefois parmi ceux, il faut signaler la critique de Roland Marchal qui conteste le caractère de “ nouveauté ” des guerres en particulier en comparaison de la plupart des guérillas de la période précédente. Mary Kaldor elle-même a développé récemment l’idée que certaines formes “ anciennes ” perduraient aujourd’hui dans la posture militaire de quelques grands pays “ Indes, Chine, Russie...), ce quelle qualifie de postmoderne (postmodern warfare) [16].
Si les mouvements ont parfois des difficultés à appréhender la guerre impérialiste sans limites dans toutes ses dimensions, ils ont presque toujours tendance à faire l’impasse sur les réalités complexes des nouvelles guerres. Et c’est un des facteurs qui les empêche de faire le saut qualitatif du mouvement anti-guerre au mouvement pour la paix.
Une carence que le mouvement d’aujourd’hui peut surmonter en puisant dans l’histoire des mouvements de paix qui l’ont précédé
Essayons d’expliquer ce qui rend difficile pour le mouvement ce “saut qualitatif”, de la position protestataire anti-guerre celle de proposition alternative pour la paix. Et d’abord au sujet des guerres américaines.
Dans un remarquable bilan du mouvement aux Etats Unis, publié par MERIP Report (une des meilleures publications au monde sur le Moyen Orient), Mark Levine s’interrogeait récemment sur les projets d’avenir du mouvement de paix [17]. Il posait la question de l’attitude des groupes engagés dans ce mouvement par rapport au régime de Saddam, une question essentielle, si, au-delà de la contestation de la politique de Bush, on voulait esquisser une alternative. La plupart des organisations, notaient-il, se sont concentrées sur la principale, et la plus contestable des justifications de la Maison Blanche pour partir en guerre, celle des armes de destruction massive, sans trop se poser la question du “changement de régime”. Elles l’ont fait d’autant plus qu’il y avait problème, comme le remarquait l’analyste et militante Phyllis Bennis “entre ceux qui voulaient se concentrer sur la position US, ceux qui pensaient qu’il était politiquement inconcevable de ne pas en parler d’une manière ou d’une autre et ceux qui pensaient qu’il fallait faire des propositions crédibles en tant que mouvement anti-guerre” [18]. Des mouvements non suspects de complaisance envers le dictateur irakien comme United For Peace and Justice (UFPJ) avaient tendance à éviter les débats de fond tant sur l’Irak que sur le Moyen Orient dans son ensemble à la fois pour ne pas diviser le front anti-guerre et pour ne pas paraître apporter de l’eau au moulin de la Maison Blanche. Cette retenue donnait toute latitude à une autre importante tendance du mouvement, représentée par la coalition ANSWER, pour adopter une posture ignorant totalement la réalité du régime irakien, certains de ses animateurs n’étant pas loin de présenter Saddam comme un héros anti-impérialiste - comme par exemple le vétéran pacifiste Ramsay Clark. Une attitude partagée en Grande Bretagne par exemple par Georges Galloway, figure de la vieille gauche travailliste.
Dans un pays comme la France, le mouvement n’avait pas à convaincre l’opinion du caractère fallacieux des arguments de Bush ou Blair sur le “danger immédiat pour la paix du monde” représenté par Saddam. Il n’y avait pas de justification particulière d’une retenue comme celle de l’UFPJ américaine. D’ailleurs l’ensemble des composantes du mouvement, à l’exception d’une toute petite fraction [19], évoquait volontiers le caractère dictatorial du régime baasiste, assortie parfois d’une critique des complaisances passées, françaises ou américaines vis-à-vis de celui-ci, et plus rarement d’une reconnaissance des droits des Kurdes. Cependant ces “coups de chapeaux” étaient plus de l’ordre de la posture “politiquement correcte” que de l’intégration, dans la stratégie même du mouvement, des problèmes posés par la lutte pour la démocratisation en Irak et donc l’instauration d’une paix durable dans la région.
Poussons un peu plus loin la réflexion à ce sujet, en examinant ce qui s’est passé lors du Forum Social Européen de Florence en novembre 2002. Cette grande manifestation, fort réussie, était déjà, nous l’avons souligné, le signe de la convergence des luttes contre la mondialisation économique néolibérale et contre la logique de guerre. Dans les ateliers, très suivis consacrés à la menace de guerre en Irak s’exprimaient des militants qui avaient été actifs dans les mouvements pour ledésarmementdesannées80,comme le britannique Ken Coates par exemple. Des groupes comme les italiens de la “Tavola di Pace” revendiquaient aussi cette filiation tout comme Tom Benetollo, le président du très important mouvement italien ARCI “Au travers de toutes ces propositions, campagnes, réseaux c’est un pas en avant comme l’étaient les Conventions pour le Désarmement Nucléaire des années 80. Mais à une échelle dix fois supérieure" [20]. Dans cet esprit, la majorité des intervenants, en particulier les italiens, exprimaient rituellement leur condamnation du dictateur Saddam, tout comme ils saluaient nécessairement le combat du peuple Palestinien opprimé, y ajoutant parfois une référence au malheur des Kurdes et d’autres victimes de guerre comme les Tchétchènes. Là encore, ces déclarations étaient avant tout des marqueurs idéologiques. Mais en termes politiques, toute l’analyse était consacrée à la politique américaine et toutes les propositions aux moyens de s’y opposer, sans aucun développement concret sur les autres aspects des guerres en cours, la situation des divers forces - y compris des forces de paix - sur le terrain, etc. Notons toutefois que dans le cas de la Palestine, et lui seul, cette pluridimensionnalité était assumée.
Entendons-nous bien, il y a eu à Florence des propositions intelligentes et fécondes. C’est, nous l’avons déjà soulignée, de Florence, qu’est partie l’initiative historique de la mobilisation du 15 février 2003 et le processus de Djakarta. Mais il ne s’agit là que de la dimension antiguerre (et anti-impérialiste) du mouvement. Les militants ont tendance à esquiver les débats, forcement plus complexes, sur les conditions de construction de la paix comme alternatives à la guerre et aux guerres, dans la diversité des situations du monde. Bref une pensée borgne puisqu’il lui manque une dimension du regard.
Cette insuffisance est criante au plus près des mouvements européens. Très significativement à Florence, aucun séminaire, ni même de petit groupe de travail, ne tirait le bilan de ce qui avait été la principale mobilisation anti-guerre des années 90 en Europe, et qui concernait pourtant la région la plus immédiatement voisine de l’Italie : la Yougoslavie et plus particulièrement la Bosnie Herzégovine. Une mobilisation significative qui avait concerné des dizaines de milliers de militants en Italie (et en France) [21]. Sans compter que dans la situation de la Bosnie Herzégovine d’après guerre, loin d’être satisfaisante, les gouvernements d’Europe assument une responsabilité essentielle [22]. Or le débat sur les Balkans est resté marginal dans ce Forum Social, pourtant européen, et même inexistant concernant l’expérience majeure de l’histoire européenne contemporaine qu’a été la guerre de Bosnie. Il n’y avait qu’une poignée de militants ex-yougoslaves à Florence (principalement Serbes) et apparemment aucun Bosniaque. Plus grave, ce vide béant ne semblait pas poser problème à ces militants pourtant engagés, parfois personnellement, quelques années auparavant, dans la défense de la paix et des droits de l’homme à Tuzla, Sarajevo, Mostar, Belgrade ou Pristina. Etrange amnésie...
Cette perte de mémoire est le fruit d’une carence que le mouvement d’aujourd’hui peut surmonter en puisant dans l’histoire des mouvements de paix qui l’ont précédé, et notamment dans l’expérience de ces “ conventions ” des années 80 qu’évoquait Tom Benetollo. De quoi s’agissait-il ? Le dernier épisode de la guerre froide avait été marqué par l’affaire des “ euromissiles ”, SS20 soviétiques, Pershing et missiles de croisière américains, ces derniers déployés en Allemagne, aux Pays Bas, en Belgique, en Grande Bretagne et en Italie. Ceci dans le contexte de la révolution islamique en Iran, de l’invasion soviétique en Afghanistan, des coups d’états militaires en Turquie et en Pologne.
A l’époque une fraction considérable de l’opinion publique occidentale n’avait pas accepté la nouvelle escalade du surarmement nucléaire et refusé le chantage à la menace de guerre. La partie la plus dynamique du mouvement incarnant cette protestation ne se contentait pas de lutter contre le surarmement mais posait la question des causes politiques et culturelles de celui-ci. C’était le sens de l’appel pour le désarmement nucléaire de la Fondation britannique Bertrand Russell pour la Paix où l’on pouvait lire “Il faut que nous commencions à agir comme si l’Europe unifiée, neutre et pacifique, existait déjà. Nous devons apprendre à orienter notre allégeance non pas vers l’Est ou vers l’Ouest, mais les uns vers les autres et nous devons négliger les interdictions et les limitations imposées par un Etat nation quel qu’il soit" [23] Il ne s’agissait pas de rhétorique mais d’un véritable programme d’action qui allait être mis en œuvre par toute une mouvance se reconnaissant dans de cet "Appel Russell" ou END (European Nuclear Disarmament). Ces “nouveaux mouvements de paix indépendants” [24] se sont dotés de divers lieux de débats, notamment les conventions annuelles END, vastes forums de plusieurs centaines de militants. Le simple énoncé des lieux ou se sont tenues ces conventions est significatif de la trajectoire du mouvement : 1982 Bruxelles, 1983 Berlin, 1984 Pérouse en Italie, 1985 Amsterdam, 1986 Evry près de Paris ; 1987 Coventry en Angleterre, 1988 Lund en Suède, 1989 Vitoria au Pays Basque, 1990 à Helsinki et Tallin (Estonie) et en bateau entre les deux, 1991 Moscou , 1992 retour à Bruxelles, la toute dernière manifestation END étant une petite conférence à Maastricht lieu d’élaboration d’un traité bien connu...
Tirant le bilan de ces nouveaux mouvements à la suite de la convention END de Pérouse en 1983, l’historien britannique E. P. Thompson constatait le paradoxal résultat du mouvement : un échec “si nous nous posons la question dans la perspective du contrôle des armements”. En effet dès cette époque, malgré les manifestations, l’implantation des missiles américains était acquise, risquant de provoquer d’autres contre-mesures soviétiques en plus des SS20. Et pourtant ajoutait immédiatement celui qui était l’un des rédacteurs de l’appel Russell de 1980, “si nous nous posons la question en termes politiques, alors la réponse est différente (...). Nous avons déchiré les voiles du consensus sur nos situations nucléaires et nous les avons exposées aux yeux de tous ; elles ont montré non seulement les armes mais aussi les principes de la guerre froide”. De plus les “idées du mouvement de paix non aligné ont pénétré très largement en Europe orientale et dans la pensée de soviétiques et, poursuivant le dialogue et la confiance, des voix de l’Est nous ont répondu et influencé à leur tour”. Ce processus concluait-il, “est le signe que les vieilles pulsions de Guerre froide qui ont par moment divisé l’une et l’autre des forces de l’avenir - la paix comme "pro-soviétique", les droits de l’homme comme "pro-américain"- s’effondrent" [25].
Bref, ce mouvement avait échoué dans son objectif immédiat (empêcher le déploiement de missiles), mais il avait cependant politiquement réussi à délégitimer les mécanismes de la guerre froide et surtout, à partir de là, à créer une dynamique de solidarité dans la lutte conjointe pour la paix et les droits de l’homme entre des forces qui pourtant se trouvaient dans des situations objective différentes, voire contradictoires dans les deux fractions de l’Europe. Cette réussite incontestable aurait du permettre à l’opinion progressiste de maîtriser le cours de l’histoire lors de la chute du mur de Berlin. Hélas les forces organisées de la gauche et de l’extrême gauche n’étaient guère impliquées sérieusement dans la mouvance END, et la leçon a été perdue, sauf pour quelques réseaux de solidarité internationale, ceux par exemple qui devaient s’investir dans le combat pour la paix et la démocratie en ex-Yougoslavie ou en Palestine.
A bien des égards, c’est à un défi du même ordre que l’actuel mouvement est confronté, mais à cette “échelle dix fois supérieure” dont parlait à Florence Tom Benetollo (un ancien militant d’END).
Prendre en compte les différences de points de vue des différents protagonistes, selon l’endroit ou ils agissent, intégrer le caractère multidimensionnel de l’action
Comment construire une ligne de force efficace contre la guerre sans limites, tout en prenant en compte les aspirations des peuples engluées dans les “nouvelles guerres”, avec quelles formes d’actions locales pertinentes et quelles perspectives alternatives pour la paix et la justice globale ?
Le mouvement mondial anti-guerre semble bien se fixer un tel objectif, si l’on en croit la “déclaration d’unité” adoptée à Djakarta qui précise “nos principes englobent aussi la construction d’un internationalisme authentique par en bas, qui établisse une nouvelle communauté internationale basée sur l’égalité et la démocratie. Alors que notre travail est international, nous nous opposerons aussi à nos gouvernements nationaux sur les points ou leurs politiques entraînent leurs contributions à la guerre, au militarisme et au néolibéralisme" [26] Dans cet “ internationalisme par en bas ”, la loyauté des uns envers les autres et non envers les états s’exprime en termes voisins de ceux de l’appel Russell de 1980. Mais la méthode END de prise en compte des contradictions, d’attention aux réalités des conflits, de points de vue divers des protagonistes sur le terrain, de définition de revendications communes, n’est pas (encore ?) prise en compte. Le texte de Djakarta, comme la plupart des autres motions et déclarations issues des récentes réunions de coordination anti-guerre, demeure pour le moment plus une proclamation idéologique anti-impérialiste qu’une esquisse de programme d’alternative de paix.
Et pourtant, dans les pratiques réelles, se tisse dès aujourd’hui quelque chose qui est bien de l’ordre de cette alternative. Pour le voir, il ne suffit pas de prendre en compte seulement la taille des manifestations ou des rassemblements. Il faut aller plus près de la guerre elle-même pour comprendre comment se construit la paix.
Commençons par ce qui est le plus visible “ aux yeux du mouvement tel qu’il se perçoit lui-même ” pourrait-on dire. La Palestine a le triste privilège d’être sans doute le lieux du conflit le plus médiatisé, sinon de toute la planète, du moins d’une bonne partie, et de ce fait un sujet de préoccupation pour nombre de militants anti-guerre. Et ceci pour diverses raisons : l’histoire européenne, celle du génocide des juifs d’Europe comme celle du colonialisme, et bien sur celle du monde Arabe, la relation particulière, qui lie Israël aux Etats Unis et ses conséquences dans la perception du conflit pour tous ceux qui combattent l’impérialisme américain, la place symbolique que le conflit occupe dans la conscience juive, musulmane et chrétienne, etc... Tant de choses qui finissent d’ailleurs par faire oublier qu’il s’agit moins d’une guerre “mondialisée”, mise en scène du “choc des civilisations”, que d’un des conflits, particulièrement dramatique, d’une région particulière, celle de la Méditerranée Orientale et du Moyen Orient ou se sont déroulés et se déroulent encore de multiples conflits “ethniques” assortis de diverses formes de purification ethniques, colonisation et autres “transferts” (comme disent certains extrémistes israéliens) [27] et qui ne concerne pas seulement Israéliens et Palestiniens. Des conflits en partie comparables ont affecté ou affectent Arabes et Turcs, Arabes sunnites, chrétiens, chiites et druzes, Arabes et Kurdes, Kurdes et Turcs, Turcs, Kurdes et Arméniens, Arméniens et Azéris, Géorgiens et Abkhazes, Turcs, Grecs et Bulgares, Bulgares, Serbes et Albanais, Albanais et Macédoniens, Grecs et Macédoniens, Serbes, Bosniaques et Croates [28]. Donc si le conflit israélo-palestinien s’inscrit plus qu’un autre dans la trame des rivalités géopolitiques, il est d’abord ancré dans la réalité d’une colonisation historique au XXe siècle, mais aussi d’un affrontement de nationalismes classique dans la région
Surtout, cette guerre est aujourd’hui et sans doute plus que jamais, entretenue par l’exacerbation des peurs, dans les sociétés israéliennes et palestiniennes. Or, le mouvement anti-guerre international a réussi à travers les plus dynamiques de ses composantes, à s’inscrire dans les diverses dimensions de cette réalité, en partenariat avec les forces locales, palestiniennes et israéliennes,. Il y a bien évidemment des divergences et des hésitations quant à la ligne à suivre sur le terrain, mais le mouvement international est devenu un acteur dans la situation. Cette irruption civile joue un rôle historique que souligne, du point de vue palestinien, Ilan Halevi : “les missions civiles internationales qui se succèdent en Palestine depuis le début de la deuxième Intifada ont une triple fonction. Dissuasive sur le terrain, où leur présence visible inhibe la férocité des soldats ; informative, à leur retour ; et enfin démonstrative, dans la mesure ou les militants pacifistes manifestent l’existence de la solidarité internationale et réfutent dans la pratique la fausse idée de la guerre des civilisations” [29]. A cela s’ajoute une fonction essentielle de ces vrais internationalistes, celle d’assurer par leur présence, leurs relations avec les uns et les autres, leur implication et même leurs contradictions, le rôle du lien physique, politique et moral - et parfois médiateur - entre des Israéliens et des Palestiniens. Car être acteur signifie évidemment vivre aussi les difficultés des forces palestiniennes et israéliennes qui combattent pour la paix. Un tel mouvement subit bien sur les coups de l’adversaire, et le pouvoir dominant (israélien) multiplie les attaques par les armes, la pression policière ou les calomnies contre ces missions de paix et cherche par tous les moyens à se débarrasser de cet acteur agaçant et imprévu. La mort de Rachel Corrie en est le tragique exemple [30]. Notons que ces formes d’intervention et de solidarité sont le fruit d’un long travail commun dont la mobilisation Palestino-Israélo-Internationale de Noël 1989 avait été l’une des premières manifestations visibles, dans le contexte de la fin de ce mouvement des années 80 dont nous avons déjà parlé [31].
On a parfois aujourd’hui l’impression que cette intervention civile est limitée à la Palestine, ce qui est tout à fait faux. Des mouvements de paix n’ont cessé de mener de telles actions sur divers théâtres d’opération de la Planète ces dernières années. Ce fut le cas en ex-Yougoslavie dès le début du conflit, puis de manière plus massive pendant la guerre de Bosnie, sans que l’engagement aux cotés des forces civiques de Tuzla ou de Sarajevo ne signifie la rupture du lien avec les mouvements démocrates de Belgrade [32]. Une telle implication a été moins forte concernant le Kosovo ou la Macédoine mais elle a pourtant bien existé là aussi. Et certains groupes continuent l’action dans la phase d’après guerre qui est loin d’avoir produit une paix juste et durable [33]. La proximité géographique de l’ex-Yougoslavie avec des pays où le mouvement de solidarité internationale a une forte tradition comme l’Italie ou la France a favorisé les choses. Mais même dans des conditions plus difficiles, des champs de batailles moins accessibles, des mouvements de solidarité extérieurs ont tenté et parfois réussi à apporter leur soutien à des forces de paix locales se battant souvent de part et d’autres des lignes de front. C’est le cas depuis 1992, dans le Caucase, notamment à propos du conflit arméno-azerbaïjanais, ou géorgo-abkhaze, avec toutes sortes d’initiatives foisonnantes, rencontres de jeunes, de victimes de guerres, de réfugiés, actions politiques communes ou spécifiques à chaque pays, etc [34]. C’est aussi, dans des conditions plus difficiles le cas par rapport à la tragédie tchétchène [35], avec le relais des forces de paix russes comme Mémorial ou les Mères de Soldats. On retrouve la même dynamique à propos du Cachemire en liaison avec les mouvements de la société civile cachemirie et les mouvements de dialogue indo-pakistanais.
En comparaison, les forces de paix locales faisant face aux conflits d’Afrique subsaharienne, s’ils ont parfois bénéficié d’assistance humanitaire, n’ont rencontré qu’assez peu de solidarité politique, pas plus d’ailleurs que les groupes cherchant à faire sortir l’Algérie de sa sanglante guerre civile. Bien sur des mouvements de paix sur le terrain ont essayé de faire intervenir des alliés à partir des émigrations et diasporas, en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire, au Congo, en Algérie, etc.. Bien sur, certains mouvements de droits de l’homme comme la Fédération Internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) ont joué et jouent toujours un rôle essentiel ; mais tous ces conflits ne sont pas entrés dans l’agenda du mouvement antiguerre global.
Il est toutefois normal que les altermondialistes, éprouvent, sur les fronts des guerres et de la paix, comme sur d’autres fronts, des difficultés à prendre en compte les situations de certaines régions ou le mouvement est faible comme l’Asie Centrale ou l’Afrique Subsaharienne.
Mais le mouvement est aussi limité par certains mécanismes politiques internes. Au fond deux attitudes coexistent au sein du mouvement anti-guerre. D’une part celle qui privilégie, au nom de l’anti-impérialisme, une unification idéologique autour de slogans dénonciateurs et généraux. C’est le “ one issue movement ”, le mouvement sur un seul thème, contre la guerre impérialiste, qui semble favoriser l’unité des diverses composantes, mais en s’éloignant des contradictions réelles qui traversent les véritables théâtres d’opérations. Ceux qui, consciemment ou non, adoptent pareille attitude, privilégient toujours les grandes manifestations ou les rassemblements et s’intéressent moins aux actions sur le terrain, voire, trop souvent, les ignorent totalement. C’est le positionnement limité de ce que nous appelons les “ idéologues ”met au premier plan la dénonciation de l’impérialisme global au détriment du champ concret du conflit. Cette posture est partagée par exemple par des groupes antiguerres actifs comme les Anglais de Global Resistance ou les Américains d’Answer.
D’autre part l’attitude qui privilégie au contraire le travail à l’intérieur même du champ du conflit. Il faut dès lors accepter de prendre en compte les différences de points de vue des différents protagonistes, selon l’endroit où ils agissent (a Belgrade et à Sarajevo, à Haifa et à Djenine, au Kurdistan et à Bassora, etc.). cela conduit naturellement à intégrer le caractère diversifié de l’action, ce n’est plus le “ one issue movement ”. Au fond si un mouvement antiguerre est naturellement “ one issue ” (univoque), un mouvement de paix est nécessairement multidimensionnel
Les militants de Partis “ idéologues ” ont l’impression de tenir solidement le fil directeur de leur pensée globale, au risque de perdre tout contact avec la réalité des conflits existants. Les militants d’ONG “ constructeurs de paix ” courent le risque inverse de se cantonner dans le local au risque de sous-estimer l’importance des grandes mobilisations. Or elles seules permettent de populariser les actions de terrain et d’infléchir positivement les politiques gouvernementales à leur égard [36].
Le fil directeur de ce que nous appelons les “ constructeurs de paix ”, doit être l’édification d’une stratégie qui s’élabore à partir de pratiques diversifiées et de principes communs. Avant de réfléchir à la nature de ces principes communs, illustrons l’application de ce que nous venons de décrire par deux exemples concrets.
Le mouvement anti-guerre aux Etats Unis s’est engagé dans une opération aussi ambitieuse que difficile, baptisée “ occupation watch ”. Il s’agit pour des citoyens états-uniens de contrôler l’action des troupes américaines et alliées en Irak puisque ces troupes sont censées agir en leurs noms. C’est ce qu’on appelle un “ monitoring ”- cette expression anglaise couvre un type d’action plus large que le mot français contrôle -.Du point de vue de la vigilance démocratique aux Etats Unis pareille initiative est tout à fait justifiée.. Mais du point de vue Irakien, et pour être cohérente en matière de construction de la paix, il faudrait intégrer dans le cahiers des charges de l’opération la compréhension qu’il y a en Irak “une démocratie naissante à protéger” [37]. Bien entendu les militants “ d’occupation watch ” savent que si le seul “protecteur” est la force occupante de Bush-le-jeune, ce qui va naître risque d’être assez éloigné de la démocratie ! Mais ces militants sont encore très loin d’avoir établis des relations de partenariat avec les forces démocratiques irakiennes, existantes ou potentielles Les “constructeurs de paix” du mouvement américain sont conscients de cette difficulté, mais les “idéologues” ne semblent ne guère s’en soucier.
Le deuxième exemple concerne un conflit beaucoup moins important du point de vue global que celui de l’Irak, mais auquel des militants français ne sauraient rester indifférents celui de la Côte d’Ivoire. Face à la présence dans ce pays de l’armée française, nombre de militants se sont contentés de mettre en avant le mot d’ordre “troupes françaises hors d’Afrique” au motif que celles-ci sont l’instrument d’une politique néocolonialiste. Néocolonialisme il y a en effet, à l’évidence. Mais cela ne suffit pas pour se déterminer par rapport à cette action d’interposition précise, au cœur de l’un de ces conflits ethniques que nous avons décrit plus haut comme “nouvelle guerre”. Faire campagne sur ce type de mot d’ordre, dans cette situation, sans que cela découle d’une demande des forces de paix locale peut s’avérer “ politiquement correct ”, mais pratiquement irresponsable. Le départ des troupes françaises offre-t-il des perspectives concrètes d’action pour les forces de réconciliation, maigres mais existantes, qui agissent en Côte d’Ivoire ? Une toute autre attitude aurait été de mettre en œuvre une opération “Licorne Watch” de l’action de l’armée française - justifiée au regard de ses antécédents de bras armé de la Francafrique - en la combinant au soutien aux forces de paix de la société civile ivoirienne. Malheureusement ce type d’action politique est beaucoup plus étranger à la culture politique des Français qu’a celle des militants des Etats Unis ! [38]
Comme toujours, un mouvement qui se veut international, doit combiner dans sa pensée et son action le niveau global et le niveau local. Il doit en plus intégrer le caractère multidimensionnel de la lutte pour la paix Globalement on constatera rapidement que les guerres se nourrissent de déséquilibres économiques et d’injustices sociales. A ce double compte le président brésilien Lula avait cent fois raison de rappeler à la tribune de l’assemblée générale de l’ONU qu’il fallait “appeler la paix par son nom : justice sociale” [39]. On constatera tout aussi rapidement que les stratégies de l’hyperpuissance sont dangereuses pour la paix du monde. Mais il faudra prendre aussi en considération que les guerres frappent aussi bien les relativement riches Yougoslaves ou Irlandais que les pauvres Libériens ou Congolais. Que les effets désagrégateurs des dérégulations néolibérales sont d’autant plus propagateurs de conflits qu’ils agissent sur des terreaux empoisonnés par des contentieux culturels ou sociaux préexistants. Enfin il faut comprendre que s’il est bien évident qu’il y a un lien la paix et la justice sociale, l’une n’entraîne pas automatiquement l’autre. Par contre, au cœur des mécanismes de chaque conflit, le combat pour la paix et le combat pour les droits de l’homme (ausens droit collectif politiques et culturels) sontune seule et même chose qui se décline à chaque niveau pertinent d’intervention.
BernardRavenel appelle ce type d’approche un “pacifisme politique et juridique” [40] car la Paix et la Justice se traduisent en respects de droits. D’abord, et faute de mieux, le respect du “ droit de la guerre ” dans le feu du conflit, des conventions de Genève, des droits des réfugiés, de la protection des civils, du patrimoine, etc. Ensuite, condition absolue de la construction d’une paix juste et durable, la reconnaissance des droits des victimes et la lutte contre l’impunité des criminels, dans des conditions qui permettent à la fois la justice et la réconciliation [41]. Il ne s’agit pas en l’occurrence de “ judiciariser ” des processus au détriment des démarches proprement politiques de construction de la paix avec ce qu’elles supposent de compromis. Ainsi, par exemple, la paix exige la mémoire partagée et assumée des injustices résultant des conflits et leur réparation, consistant par exemple à la reconnaissance par la France des crimes de guerres commis en Algérie, conditions pour les Algériens de reconnaître les crimes commis pendant leur lutte de libération [42], ce qui n’entraîne pas pour autant multiplication des actions civiles et réparations individuelles où les poursuites personnelles se substitueraient dans des procès sans fins aux compensations symboliques et matérielles assumées collectivement. Mais pour que la mémoire accepte ainsi une sorte d’amnistie, il faut des instruments de justice matérialisant ce respect du droit des gens, et assurant la poursuite, quand c’est possible, des principaux responsables de crimes à commencer bien sur par la Cour Pénale Internationale.
Nul hasard d’ailleurs, si l’administration de Bush-le-jeune se refuse à adhérer à cette démarche [43], elle est cohérente dans sa volonté impériale de ne céder à d’autre loi que la sienne et de faire disparaître beaucoup de ce que les luttes sociales, antifascistes, de libération nationale, d’émancipation humaine - en particulier le féminisme -, ont permis d’acquérir depuis des générations. A l’inverse de cet ordre impérial, le programme de la paix est fondé sur la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, les compléments qui l’ont enrichie depuis un demi-siècle et ceux que des femmes et des hommes qui forment “ l’arc de la paix ” cher à Jaurès y ajouteront demain pour progresser vers cet idéal rêvé par Emmanuel Kant il y a plus de deux siècles : “un état de paix, qui n’est point produit et garanti comme le précédent despotisme, sur la tombe de la liberté, par l’affaiblissement de toutes les forces, mais au contraire, par leur équilibre et l’émulation la plus vive" [44]
Bernard Dreano
[1] Discours pour le congrès social démocrate de Berlin (auquel la police allemande empêchas Jaurès de se rendre) publié dans l’Humanité du 7 Juillet 1905
[2] Sur la conférence de Djakarta et la proclamation du " consensus " cf. Indymedia Belgium, 16 juillet 2003, à lire ici
[3] C’est le cas d’Emmanuel Todd : Après l’empire, Gallimard, Paris 2002, et d’Immanuel Wallerstein, cf “le déclin de l’Amérique a commencé”, Courrier International, supplément au n° 629 du 21 novembre 2002
[4] Une hypothèse formulée il y a quelques années par le Brésilien Alfredo Valladao, Le XXIe siècle sera américain de Alfredo Valladao, La Découverte, Paris, 1993 ou l’Américain Herbert Schiller : "Vers un nouveau siècle d’impérialisme américain" ; Le monde diplomatique, août 1998
[5] Sur la présentation du débat aux Etats-Unis on lira avec profit le livre de Pierre Hassner et Julien Vaïsse Washington et le monde, Ceri-Autrement, Paris, 2003
[6] On trouvera un excellent exposé de l’évolution des doctrines américaines dans le livre d’Alain Joxe : L’empire du chaos, les républiques face à la domination américaine de l’après-guerre froide La découverte, Paris 2002
[7] Ce que Mary Kaldor appelle “spectacular warfare”, cf. Mary Kaldor : Global Civil Society, an answer to the war, Polity Press, Cambridge, 2003.
[8] Richard N. Haas, The Reluctant Sheriff, Council of Foreign relations, New York 1997
[9] “The Emerging American Imperium”, selon l’expression utilisée dès 1997 par Irving Kristol dans le New York Times (18 août 1997).
[10] Robert Kagan, “The Benevolent Empire”, Foreign policy, été 1998.
[11] James Atlas : “The Neocons from Vietnam to Iraq”, Herald Tribune, 22 octobre 2003
[12] Djouché : il s’agit de la "philosophie" officielle, instaurée par Kim Il Sung, du régime Coréen du nord, qui peut se traduire par "compter sur ses propre force", en fait le nationalisme autarcique
[13] C’est par exemple le cas du militant altermondialiste canadien Michel Chossudowsky et même dans une certaine mesure de Noam Chomsky, qui supposant une posture “résistante” du leader serbe, combattaient (pour le premier) ou ignorait (pour le second) les forces de paix en Serbie. Cf. à ce sujet certaines des analyses favorables à Milosevic contenues dans l’ouvrage Maîtres du monde ou les dessous de la guerre des Balkans, Le temps des cerises, Paris 1999.
[14] Mary Kaldor : New and old Wars in a Global Era, Polity press, Cambridge, 1999.
[15] Les thèses de Mary Kaldor n’ont malheureusement fait l’objet que de très peu de commentaires en France, toutefois parmi ceux -ci il faut signaler la critique de Roland Marchal qui conteste le caractère de “nouveauté” des guerres analysées par Mary Kaldor, cf. Roland Marchal et Christine Messiant : “Les guerres civiles à l’heure de la globalisation”, Critique Internationale n°18 (janvier 2003), Presse de Sciences Po.
[16] Mary Kaldor, Global civil...., op. Cit
[17] Mark Levine : "The peace movement plans for future", Middle East Report Online Feature, juillet 2003
[18] Cité par Mark Levine, op cit., Phyllis Ennis est l’auteur d’ouvrages important à propos de la politique des Etats Unis en particulier Calling the Shots Olive Branche Press, New York 1996-2000, sur l’ONU et les Etats Unis et Before and After : US Foreign Policy and the September 11th Crisis, Olive Br. Press, 2002, qui traite de la politique américaine après le 11 septembre.
[19] Par exemple le petit groupe des Amitiés franco-irakiennes de Gilles Munier, le groupe La pierre et l’olivier, ou les sympathisants baasistes qui ont agressé l’opposant irakien Salah Al Hamdani lors d’une manifestation pour la paix à Paris
[20] Cité par Bernard Dreano, L’Humanité, novembre 2002
[21] En 1993, les mouvements de paix italiens mobilisaient des dizaines de milliers de personnes pour défendre Sarajevo. A ce sujet et sur la mobilisation en France par rapport à la Bosnie, cf. Bernard Dreano : “Le révélateur bosniaque, essai d’interprétation d’un mouvement de solidarité”, La Revue M, n°84, août-septembre 1996.
[22] Cf. : La Bosnie Herzégovine, enjeu de la transition, l’Harmattan, Paris 2003, ouvrage collectif sous la direction de Christophe Solioz et Svebor André Dizdarevic.
[23] “Appel Russell pour une zone européenne sans armes nucléaires”, Alternatives non violentes n°43, hiver 1982.
[24] Au sujet de ces "nouveaux mouvements de paix indépendants" cf. Bernard Dreano, "les mouvements de paix dans les années 80", dans Les luttes non violentes au XXe siècle, tome II, Alternatives non violentes n°121, hiver 2001-2002.
[25] E.P. Thompson, dans l’Europe au delà des blocs, bulletin du Cedetim n°22-23, hiver printemps 1985.
[26] Indymedia Belgium, op . cit.
[27] La politique du “transfert” (la purification ethnique de la Palestine de sa population palestinienne), est implicitement prévue dans le programme du Likoud et explicitement dans celui de certains de ses alliés d’extrême droite dans le gouvernement d’Ariel Sharon.
[28] Chacun de ces conflits est marqué par des actions visant au déplacement de population (destruction de maisons ou villages, discriminations ethniques, opération violentes de purification ethniques, précarisation des réfugiés, etc..).L’insertion historique du mouvement sioniste dans le processus de colonisation constitue cependant une dimension particulière, mais à la quelle on ne saurait réduire toutes les dimensions du conflit.
[29] Ilan Halevi, Face à la guerre, Sindbad Actes Sud, Arles 2003
[30] Rachel Corrie, jeune américaine militante du Mouvement de solidarité internationale, a été écrasée par un bulldozer de l’armée israélienne le 16 mars 2003 à Rafah, alors qu’elle s’opposait à la destruction d’une maison palestinienne.
[31] Fin 1989, une alliance de Palestiniens, d’Israéliens et d’internationaux (dont un nombre significatif d’Italiens et de Français), avait manifesté, sous les murs de la vieille ville de Jérusalem, pour une “ internationalisation par en bas ” du problème, déclenchant à la fois une vive réaction policière israélienne et une crise gouvernementale.
[32] Citons à ce sujet la marche pour la paix organisée dans toutes les républiques Yougoslaves par le réseau international Helsinki Citizens’ Assembly (HCA) en septembre 1991 , la campagne “ Sarajevo capitale culturelle de l’Europe ” en 1993, la campagne Mir Sada en 1973 également, ou l’assemblée de Tuzla organisée par HCA en 1995, etc. cf. B. Dreano, “ le révélateur.. ”, Revue M, op. cit.
[33] Par exemple les Equipes de Paix dans les Balkans au Kosovo, le Conseil Inter-églises pour la paix néerlandais au Kosovo, en Macédoine et en Bosnie, les revues de jeunes Zid (Monténégro) ou TNT (Bosnie Herzégovine), les groupes de femmes en Serbie, Croatie, Albanie, etc., les correspondants de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), en Serbie, Croatie, Kosovo, etc.
[34] Sur les actions pour la paix dans le Sud Caucase cf. Bernard Dreano : Dépression sur le Sud Caucase, voyages entre guerres et paix, Paris-Méditerranée, Paris 2003.
[35] Cf. Comité Tchétchénie : Tchétchénie, dix clés pour comprendre, La Découverte, Paris 2003
[36] C’est ce qui s’est produit par exemple quand le Conseil Inter-églises pour la paix des Pays Bas, prestigieux mouvement de paix néerlandais, actif en Ex-Yougoslavie ou dans le Caucase, aussi bien qu ‘en Palestine ou au Cachemire, a décidé de ne pas participer aux manifestations contre la guerre en Irak au motif que la plateforme d’appel n’était pas claire sur Saddam Hussein, sous-estimant la dynamique politique de la mobilisation en cours
[37] cf. Françoise Brié et Ismaïl Kamandar Fattah : “Irak, une démocratie naissante à protéger”, La Libre Belgique, 29août:2003 ; F. Brié est directrice de l’Alliance Internationale pour la Justice, active notamment dans le soutien aux droits des Kurdes et I. K. Fattah est écrivain irakien.
[38] Cependant quelques organisations françaises on tenté d’agir dans cet esprit, notamment Survie, et à petite échelle, le Cedetim.
[39] Le Monde, 25 septembre 2003
[40] Bernard Ravenel “Pour un pacifisme politique et juridique” dans Impasses du pacifisme ?Ecorev n°12, printemps 2003
[41] Ce n’est pas toujours simple, la justice exige la mémoire et la réconciliation favorise parfois l’amnésie. Cf à ce sujet l’ouvrage collectif (sous la direction de Louis Joinet) Lutter contre l’impunité, La découverte, paris 2002.
[42] Ou par exemple Vaclav Havel reconnaissant que la purification ethnique dont on été victimes collectivement les Allemands des Sudètes de la part des Tchèques ne pouvait être justifiée en représailles des crimes nazis ; des généraux israéliens, hier Matti Peled, aujourd’hui Amy Ayalon reconnaissant l’injustice de l’expulsion des Palestiniens par les Israéliens en 1948, comme condition préalable absolue d’un accord de paix fondé sur deux états, etc.
[43] Les Etats Unis ne combattent pas seulement la Cour Pénale Internationale, mais ont refusé de signer ou ratifier ces dernières années, la plupart des traités internationaux concernant les droits humains, la paix et l’environnement, par exemple le protocole de Kyoto sur l’effet de serre ou la convention de Bâle sur les déchets, les protocoles additionnels aux conventions de Genève sur les crimes de guerre, la convention sur le statut des réfugiés, etc. cf. Global Civil Society Yearbook 2001, annexe R11, Oxford University Press, Londres 2001
[44] Emmanuel Kant, Zum ewigen Frieden, Berlin, 1795. traduction française de Jean Gibelin, Projet de la paix perpétuelle, Vrin, Paris 1992.
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