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Échanges, prédation et guerres
, le 10 mars 2002



Succédant à l’échec des politiques économiques et sociales élitistes " octroyées ", l’écroulement des régimes politiques et des systèmes économiques basés sur l’extorsion bureaucratique ou privée des ressources primaires et humaines a précipité de nombreuses régions du tiers monde dans la soumission à des tyrannies sanglantes multiformes et à des manipulations ethniques, religieuses et catégorielles mafieuses, sans que l’on sache quand pourra être relevé le défi de ré-appropriation d’espaces de souveraineté effective et que pourrons être pansées un tant soit peu leurs blessures.
Les nombreuses questions qui émergent pour comprendre les souffrances entraînées par les guerres civiles et contre les civils dites périphériques et les événements dramatiques qui pourraient encore en résulter n’ont toujours pas trouvé de réponses cohérentes clairement formulées.

Les marchés financiers et ceux des matières stratégiques travaillent de concert dans l’objectif d’assurer la subordination durable de ces pays aux teneurs des marchés et plus particulièrement aux firmes pétrolières. C’est d’autant leur intérêt et celui de leurs actionnaires devenus rois que les placements dans des États en déliquescence sont de loin les plus rentables et les plus générateurs de cash flow. Dans cette logique, la réussite est plus aisée avec des comptoirs tenus par des aventuriers zélés, la libre circulation des capitaux, le désarmement fiscal et monétaire et l’engagement à autoriser la prédation. La mise sous tutelle mal dissimulée des finances publiques, le pacte colonial se réécrit sans altération sous nos yeux, avec de plus, le déplacement de la responsabilité de la politique de la canonnière entre des mains autochtones.

Des groupes armés, organisés en clans, subordonnant les anciennes bureaucraties post-indépendance occupent l’espace interne et externe de pouvoir et gèrent les société en maffias prédatrices. Les privilèges que le droit international accorde aux États est ainsi utilisé aux fins des intérêts d’une délinquance nationale et internationale non avouée. Dans la zone franc, le Trésor Public de nombreux États sert commodément au transit vers les places financières offshore des détournements frauduleux de groupes intégrés dans les systèmes politiques dominants, noyés dans les mécanismes officiels de coopération et de commerce Ces pratiques relèvent de comportements qui sont de fait les conséquences de l’incapacité d’adaptation à des relations politiques et économiques équitables d’un système colonial dépassé.

Les enjeux pétroliers sont exemplaires de cette réalité en ce qu’ils permettent par tradition de mêler stratégies prétendues souveraines d’États, intérêts occultes et arbitraire. Les guerres endémiques du Golfe de Guinée à l’Algérie, et les conditions de sécurité privatisée dans lesquelles sont gérées les concessions passées par les grandes compagnies américaines ou européennes pour les mines de cuivre ou des zones diamantifères, comme pour les nouveaux champs pétroliers et gaziers ont bien illustré la nouvelle mécanique d’exploitation des matières premières qui se met en place partout en Afrique, du Maghreb au Cap.

Nouvelle mécanique ? A y regarder de plus prés, on risque d’être surpris par la grande similitude entre ce qui se fait aujourd’hui et ce qui se faisait dans les temps anciens, des temps coloniaux , pour ne pas dire anté-coloniaux !

L’état pétrolier "rentier" en Afrique et au Moyen Orient - et principalement dans les zones d’ancienne occupation française comme le Cameroun, le Gabon ou le Congo Brazzaville et récemment l’Algérie, gère la rente dans l’arbitraire le plus total. La corruption s’installe partout : Qui la refuse vraiment ? La corruption des politiques occidentaux par les États pétroliers d’Afrique a été admise de fait par l’opinion publique qui ne réagit pas au respect affiché sans dissimulation aux pétro-dictateurs comme Bongo au Gabon. En Afrique, elle devient indissociable du mode de gestion et de redistribution de la rente pétrolière.

Le consensus impossible entre les élites politiques et les groupes sociaux qui se partagent le pouvoir et la rente pétrolière depuis trente ans ou plus, débouche sur la dictature et la guerre dite "civile". Peut-être mais guerre civile faite par des militaires et des troupes étrangères. Les morts et les blessés sont en grand nombre civils, certes. C’est le cas au Congo Brazzaville depuis 1993, en Angola depuis l’indépendance, en Palestine surtout, malgré toute la manipulation de l’information.

Les acteurs internes se transforment en fidèles serviteurs des stratégies des acteurs externes : ceux-ci apportent aux premiers les compétences technologiques et financières, les méthodes, le relais politique à l’État sur le plan international et la protection "démocratique", ainsi que la mécanique de spoliation de l’État (comptes bancaires dans les paradis fiscaux, avocats et financiers...). Ceci fonctionne très bien dans le petit pays qu’est le Gabon (1,8 million d’habitants) depuis 1964, modèle parfait de "république bananière" dans le Golfe de Guinée qui va bientôt avoir épuisé la totalité des réserves pétrolières connues, en laissant des plaies écologiques graves, une incapacité à assurer son propre développement et des dettes non remboursables par un pays redevenu pauvre, et où l’essentiel du peuple n’avait jamais su qu’il avait été riche.

Ce redéploiement s’est accompagnée d’un renforcement des alliances claniques de contrôle de pouvoir (en particulier entre la classe politique, les intérêts privés du secteur exportateur et leurs connexions étrangères) qui ne pouvait qu’entraîner une croissance rapide des différenciations sociales, avec un déclassement accéléré des élites politiques de l’indépendance et une fragmentation des sociétés. L’accélération du processus d’exclusion et de marginalisation forcée dans la précarité d’une proportion croissante de la population et la montée des tensions internes ont été à l’origine de la mise en œuvre, à partir de la fin des années 80, d’une deuxième étape : celle des fausses sorties politiques des dictatures policières. Malgré les évidences de l’impact social des réformes institutionnelles engagées, les institutions multilatérales et les chancelleries mettront plusieurs années avant de reconnaître la gravité des conséquences de ces faux ajustements politiques.

A chaque rupture d’équilibre, l’arbitrage entre réseaux clandestins délinquants en conflit ne peut se faire que par la violence. Le marché des armes, nécessaire à cette forme de régulation, est devenu florissant et très accessible, surtout depuis le délitement des anciens États du bloc de l’Est. L’argent ne manque pas. Les groupes armés mercenaires font partie du paysage. Ils sont contrôlés sans discontinuer par les polices secrètes utilisant les réseaux coloniaux qui n’ont pas évolué depuis quarante à cinquante ans. Ils sont alimentés depuis par les soudards non recyclés des guerres du Viêt-nam et d’Algérie et des expéditions ultérieures et par les polices politiques des régimes d’Apartheid d’Afrique du Sud et d’Israël.

La demande est en permanence la même ; celle de la protection militaire des activités des réseaux politiques, policiers et d’affaires contrôlant les appareils parachutés de pouvoir en décomposition. A la différence des mouvements idéologiques et politiques armés qui peuvent créer des situations de GUERRE CIVILE, ces groupes ne peuvent être à l’origine que de GUERRES PRIVÉES dont le ressort est la criminalité financière.

Les groupes prédateurs, les mécanismes de corruption et les conflits sont internationaux.
Dans une logique toute coloniale, ce sont les clans coloniaux du nord qui fixent, protègent et subordonnent les criminels intermédiaires qu’ils entretiennent en Afrique et au Moyen Orient et non l’inverse. Ils ont besoin, loin de tout contrôle démocratique, d’ersatz de souverainetés politiques, de garanties internationales et de comptabilités publiques pour couvrir leur délinquance. Nous sommes dans des rapports de domination et non de partenariat même si l’exécutant ne manque pas comme dans tous systèmes mafieux, de moyens de chantage vis à vis des parrains. Dès qu’un conflit s’annonce, on ne peut éviter ni de substituer les lois des bandes, des groupes et des clans aux édifices juridiques institutionnels ni d’organiser l’implication dans la guerre des populations civiles. L’un ne va pas sans l’autre. Elles sont nécessaires dans tous les aspects du conflit. Pour la propagande affiché sur la scène internationale, afin d’éviter qu’elles s’organisent et résistent aux menées des groupes en conflit, comme bouclier, comme arme de négociation. Ils s’engagent dans des guerres privées entre mafias qui dérivent en massacres allant jusqu’au génocide.

Le coût financier de ces dérives est pour les réseaux anonymes qui les provoquent inférieur aux produits des rapines car il est supporté par les collectivités nationales du Nord et du Sud. Ni le détournement sur place, ni les remontées au Nord de revenus blanchis ne cessent du fait de la guerre. Le coût politique est éludé, au-delà du catalogue des connivences, des démissions et des illusions, par l’insuffisance de révolte contre l’injustice, la conscience sélective et à éclipses et la déshérence de la responsabilité de plus en plus aggravées dans ces temps de morale boursière déferlante. C’est à ces trois niveaux que se situe le plus grand scandale qui interpelle les uns et les autres, chacun en relation avec son niveau de responsabilité et sa capacité d’action et d’expression.




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Dernier mise à jour le dimanche 10 mars 2002
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