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Texte écrit pour la soirée du jeudi 15 octobre 2009
HOMMAGE A JEAN BRUGIE
Par Gustave Massiah le 12 octobre 2009
Voir aussi : Jean Brugié, la force du résistant par Bernard Dreano
Jean est entré dans notre vie alors qu’il était déjà fortement engagé dans la sienne. Et pourtant, c’est un grand coup de jeune il nous a apporté. Jeunesse du cœur et de l’esprit, de l’humour et de l’initiative. Jean s’est installé au Centre International de Culture Populaire, attentif et malicieux. Il écoutait sans avoir l’air d’y toucher et puis il donnait, l’air de rien, l’avis qu’il fallait. En insistant sur le fait qu’on en faisait ce qu’on en voulait.
Jean avait la passion de la politique. Il n’imaginait pas qu’on ne puisse pas vouloir changer le monde. Il s’enflammait et s’enthousiasmait. Il pouvait en discuter pendant des heures. Il adorait disséquer la situation, la conjoncture, les positions des partis et des courants, les évolutions des uns et des autres. Il était capable de se distancier sans jamais dévaloriser ou minimiser les engagements.
Jean savait porter ses contradictions avec panache. Officier communiste dans les guerres coloniales. Et militant actif dans les luttes anticoloniales. Il ne portait pas ses actions en bandoulière. L’engagement, pour lui, n’était pas un dîner de gala. Et que ce qui compte c’est ce que l’on fait et non ce que l’on laisse voir. Il avait démontré qu’on pouvait rester fidèle à ses convictions en toutes circonstances. Et qu’on pouvait subvertir les situations les plus inextricables.
Jean avait un humour tranquille et décapant. Un jour, un gérant d’un foyer, ancien capitaine, avait avec horreur refusé de mettre une salle à la disposition de militants pacifistes et non-violents. Jean lui avait téléphoné et lui avait demandé quel était son grade. Et, en tant qu’ancien capitaine de la légion, lui avait demandé de bien vouloir accepter la réunion. Ce que l’autre, éberlué, avait fait en se mettant quasiment au garde à vous !
Notre complicité avec Jean était constante. Nous partagions le plaisir d’afficher un certain archaïsme, la méfiance des modes nouvelles. Surtout quand elles étaient relayées par des nouveaux penseurs médiatiques et quand affleurait les relents impériaux, français ou américains, soviétiques aussi. Nous avions constaté, avec tristesse mais sans acrimonie, le lent effacement des partis qui avaient perdus la volonté de la transformation radicale et de la rupture nécessaire. Nous comprenions qu’il s’agissait d’une tendance lourde dont ils n’étaient pas complètement responsables et qu’ils restaient malgré tout présents et pouvaient être utiles. Nous partagions surtout la détestation de l’anticommunisme et la fidélité au meilleur du communisme non partidaire, à sa méfiance de l’ordre et à son versant naturellement libertaire.
gustave massiah
octobre 2009
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