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Sam 19 sept 09 : Hommage à Jean-Yves Barrère
D’une rive à l’autre
Par Fabienne Pourtein le 17 septembre 2009
1997 - Depuis la Guadeloupe, j’ai appelé au secours les réseaux que je connaissais, dans la culture, et chez Act Consultants, dont j’avais rencontré plusieurs membres à Paris, au cours de luttes de quartier : la jeune équipe de la toute nouvelle Scène Nationale de Guadeloupe, dont les options résolument caribéennes et francophones dérangeait un certain pré-carré culturel français, était en danger ; un audit bidon de 350 pages tentait de faire passer l’équipe pour des incapables, mauvais gestionnaires, en vue de licencier tout le monde et de passer à autre chose. Il y avait le feu !
Jean Yves était en Guadeloupe, justement : il rencontrait « en live », pour la première fois, des militants paysans qu’il avait accompagnés et aidés depuis des années à distance. Il accepta de faire un détour par Basse Terre .
Avec calme, humour et professionnalisme, il nous a aidés en un ou deux rendez-vous, à construire une réponse technique crédible, parallèlement à la lutte que nous menions pour alerter la population et protéger le projet artistique et culturel du lieu.
En 2004, de retour en France, dans un pays quitté depuis un temps qui me semblait très long, j’ai demandé à rencontrer Jean Yves : pour discuter du monde de ce côté-ci de l’Atlantique, pour comprendre comment il fonctionnait, pour essayer d’y trouver une place, professionnellement, car j’avais tout laissé derrière moi.
Nous avons parlé, nous nous sommes revus, j’ai décidé de monter une association pour mettre en œuvre un projet d’activité, entre ici et là bas. Faire lien, accompagner les acteurs culturels.
Jean Yves a accepté d’être trésorier de l’association, tout en me prévenant qu’il avait déjà beaucoup de responsabilités ailleurs et n’aurait pas beaucoup de disponibilités.
Voilà, un conseil par-ci, une écoute par là, attentive, lumineuse et élégante – les autres membres du bureau de l’association La Maison des Suds l’ont immédiatement perçu ainsi - Jean Yves a apporté sa pierre à notre modeste projet : dans nos discussions, nos assemblées générales d’amis, il mettait en résonance nos actions, nos projets avec d’autres projets, d’autres gens, d’autres terres connus de lui. Entendre l’expérience des autres, savoir qu’on n’est pas seul, s’inscrire dans ce contre-courant qui essaie de faire tourner le monde dans le bon sens.
Lorsqu’il m’a annoncé très calmement et simplement, un jour au téléphone, qu’il ne guérirait pas, j’en fus bouleversée. Je l’appelais de temps en temps, il ne souhaitait pas laisser la maladie envahir sa vie, me semblait-il, et en parlait avec réticence. Il a raté une assemblée générale, nous a laissé boire sans lui, mais à sa santé, un excellent vin de Hongrie qui l’attendait pourtant. Mais où croyez vous que j’ai revu Jean Yves, la dernière fois, dans un des temps de répit que sa maladie lui a laissé ? Dans une manifestation de soutien au LKP, à Paris, en Janvier dernier.
J’ai découvert dans le texte de Gus des pans de la vie de Jean Yves que je ne connaissais pas. Mais je comprends aujourd’hui combien tout cela transparaissait dans l’aura qu’il dégageait, dans les retours et conseils qu’il prodiguait, au sein de notre modeste association.
Un à un, Jean Yves, les fils qui te reliaient aux quatre coins du monde ont cédé.
Mais des îles, et de l’Ile de France, nous gardons le souvenir de ta présence amie, et chaque lutte hardie de l’un ou l’autre Sud, si vibrants, mais trop souvent en souffrance, nous parlera de toi, portera ta trace et celle d’hommes et de femmes comme toi, dont l’action généreuse permet que nous croyons encore qu’un autre monde est possible.
Merci à toi
Fabienne Pourtein
Pour La Maison des Suds
Ingénierie Culturelle
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