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Liyannaj kont pwofitasyon !
La Martinique, enfin...? de l’effet Obama... du 20 au 28 février 09
Par Mireille Fanon-Mendès-France le 4 mars 2009
Maison des syndicats Chaque matin, devant la maison des syndicats -lieu de rencontre et de réunion du collectif du 5 février- des centaines de personnes, la plupart vêtues de tee shirt rouge sur lequel est inscrit le mot d’ordre du mouvement « sé pou laviktwa, nou ka alé » et coiffées du bakoua -d’autres portent des tee shirts avec le portrait d’Obama ou de Frantz Fanon-, viennent aux informations, prennent le pouls de la mobilisation dans l’attente du départ de la délégation vers la préfecture. C’est ici qu’ont lieu les négociations. Tous les matins depuis 3 semaines les syndicats -CGTM et CGTMFSM, CDMT, CSTM, UNSA, CFDT, le patronat dont les békés sont une composante les plus influentes, le MEDEF -le président actuel est un béké- et la CGPME, le préfet et les élus -PPM, MIM, RDM, UMP, GRS- se retrouvent autour de la plateforme rassemblant les revendications portant sur la baisse des prix de 100 familles de produits -les békés ont fait circuler une fausse liste intégrant le rhum et la bière afin de discréditer la démarche-, les services -eau téléphone, accès Internet, EDF-, les salaires, les loyers dans le logement social, l’éducation, la santé, la culture -prise en compte des artistes locaux-. Le GRS analyse les composantes du mouvement entre nous -les travailleuses, travailleurs, les sans-emplois, lé san ayen, les masses populaires, la population- et eux -les exploitateurs, lé profitè (tous ceux qui s’enrichissent de notre travail) et leurs laquais-.
Devant la préfecture Depuis cette date, des centaines de personnes se pressent devant la préfecture, protègée par un cordon de policiers, pour soutenir ou dénoncer les négociateurs lors de leur passage. Certains d’entre eux lèvent le poing, sourire aux lèvres, d’autres baissent la tête et rasent les murs.
Dans les rues Le mouvement ne faiblit pas, même si parfois des critiques viennent émailler les propos échangés. Oui, la grève est difficile à supporter, il y a la queue pour obtenir du pain ; plus de lait ni de café ; la plupart des épiceries de quartier ou des communes baissent leur rideau dès 11heures du matin et restent fermées plusieurs jours, dans l’attente du prochain réapprovisionnement. Les petits producteurs viennent écouler leurs fruits et légumes et dévoilent leur aptitude à la pwofitasyon, alors qu’ils s’affirment solidaires du mouvement.
Comme par miracle leurs prix ont augmenté. Un kilo de tomates produit ici se vend entre 4 et 6 euros, alors qu’habituellement il se négocie aux alentours de 3 euros. Les salariés des navettes reliant Fort de France aux 3 îlets ou à l’anse du Bout.....ne font pas payer toute personne portant le tee shirt « sé pou laviktwa, nou ka alé » ! . Le patron des navettes appelle chaque soir un des membres du collectif pour lui demander d’arrêter la grève. Son entreprise perd trop d’argent.
La ville a son allure de jours fériés, vide, propre, toutes traces des actes de vandalisme, aussitôt commis, sont aussitôt nettoyées. Les manifestants se mobilisent contre ces actes, si certains admirent l’organisation et la célérité avec laquelle des jeunes ont déménagé un magasin de moto ou un autre spécialisé dans la vente de matériel vidéo, tous unanimement les condamnent et s’en démarquent mais questionnent les causes de ces agissements : faillite de quel système ? Familial, éducatif, modèle de la vie martiniquaise ?
Ou comme a affirmé Yves Jégo, avant de se reprendre, ces actes n’ont eu lieu que parce que le Carnaval a été fort justement annulé ? Le Carnaval doit il être le lieu d’expression de la violence d’une jeunesse pour qui le marché de l’emploi reste définitivement fermé et dont la société, aujourd’hui, ne sait pas quoi faire ni ne sait comment vivre avec ?
Vivre bien La Martinique s’indigne, crie, se soulève.....Les Martiniquais veulent vivre mieux
mais surtout « bien » -pensons ce « bien » ainsi que Evo Morales l’envisage, en relation avec la Mère Terre-.
Chaque jour, un texte arrive sur la place publique et analyse de son point de vue ce qui se passe ou appelle chacun « à sortir de son repli car il est temps d’investir les rues de vos personnes, il est temps de mêler vos voix au concert populaire, il est temps de manifester votre amour de ce pays » -texte : Matinik mi bel peyi ! Matinik bel kominoté !, proposé par Eddy Lesdema et Abner Deriau.
Si la crise vécue ici, mais aussi en Guadeloupe, renvoie à celle éprouvée par les salariés et les exclus, victimes de la mondialisation financiarisée et militarisée, il ne faut pas la penser indépendamment de l’interrogation des Martiniquais sur le futur de leur île, sur la terre, massacrée par les destructeurs, qui leur échappe, sur leur relation au monde, avec le reste des Caraïbes.
Media alternatif S’émanciper de toute domination, telle est la question posée par cette mobilisation, s’émanciper des modèles répétitifs qui mettent en avant les références à l’esclavage comme si rien dans les DOM ne pouvait s’expliquer indépendamment de cette lecture. Edmond Mondésir, employé par la région et chanteur de bèlè, maintient et anime le rassemblement devant la préfecture de sa voix et de ses ryhtmes « nou déterminé, nou décidé changé la via, Matinik levé » La Télévision Otonom Mawon en est un exemple. De jeunes journalistes, lassés d’une information tronquée, orientée, ont créé une télévision indépendante. Durant la journée, ils montent des sujets sur la grève qui seront diffusés sur un canal privé de KMT le soir à partir de 21 heures.
Après quelques jours de mobilisation qu’ils ont rapidement analysée comme étant populaire -ce que dit aussi le palima (lepalima.org), les journalistes ont voulu poser un certain nombre de questions, entre autres celle du blocage du pays qui semble être le seul mode de revendication, celle de l’articulation entre syndicats et peuple, de la construction du mouvement social, celle du maintien de l’unité alors que des débordements ont eu lieu, celle de l’élargissement de la base du mouvement, celle de la représentation politique qui elle aussi subit une crise de légitimité.
Comment trouver des formes de mobilisation adaptées aux Etats généraux annoncés et que Télévision Otonom Mawon va porter et relayer ? Media de résistance et de solidarité. Une autre information est possible, une autre information est nécessaire et cela se fait en Martinique.
Gran sanblé peyi-a De réunion en réunion, ces professionnels des media auxquels viennent se joindre des acteurs posent et se posent la question de l’enjeu du changement. Cela se manifeste par un appel pou gran sanble peyi-a qui rend compte de l’état de contestation du pays et de la nécessité de refonder l’organisation de cette société « à travers la parole libérée des participants ». Appel lancé par un groupe de citoyens, appuyé par plusieurs mairies et qui devrait déboucher, dans quelques jours, sur l’organisation de fora thématiques aussi bien à Fort de France que dans les communes.
Ce projet bien évidemment ne s’inscrit pas dans les Etats généraux décidés par le Président de la République. Il s’agit de gran sanble peyi-a initié en Martinique, il y a plus de 15 jours, à partir d’un texte proposé par Philippe Yerro -anthropologue rasta qui se revendique du marronnage et qui affirme « mon peuple veut mieux être dans son pays ». Il n’est pas le seul, pour le Palima, « il est temps pour les Martiniquais d’avancer, ensemble, coude à coude, pour inventer les chemins de nous-mêmes. Refondons un projet martiniquais, centré sur nos intérêts de peuple et de nation, capable de prendre en charge notre parcours historique et nos légitimes aspirations pour le futur ».
En rejoignant la maison des syndicats, place Monseigneur Roméo, un rassemblement de femmes et d’hommes vêtus de blanc chantent en créole. Ce sont des chants religieux, c’est le premier jour de carême. Des grévistes mêlent leurs voix à celles des autres, durant un instant la mobilisation est oubliée, mais à l’issue d’un refrain, elle revient et chaque participant y va d’un « sé pou laviktwa, nou ka alé » !.
Au détour de la rue Victor Hugo, une manifestation de l’Union des femmes démocratiques qui se disent plus que jamais déterminées. Elles revendiquent de lutter à côté des hommes d’EgalE à Egal, de nouveaux rapports hommes/femmes en Martinique où nombreuses sont les violences faites aux femmes et dénoncent la fermeture de l’Espace d’Ecoute et d’Accompagnement de toutes les femmes en détresse -plus de 4 000 dossiers traités en 2008-.. Sur une autre place, une journaliste de Télévision Otonom Mawon, a réuni des jeunes du quartier et discute avec eux sur ce qu’ils attendent de cette grève et du mouvement. Tous, un autre quartier, une autre vie. Des emplois, de la formation, le droit de vivre dignement et de vivre chez eux.
Quelques réflexions Aujourd’hui, la Martinique et la Guadeloupe, voix trop souvent ignorées, veulent être entendues. Elles sortent de l’ombre imposée et demandent d’autres rapports sociaux, d’autres représentations politiques aussi bien au plan local que national. Y parviendront elles ? D’ici deux à trois jours, des accords seront certainement signés, la vie économique reprendra ses droits mais les questions soulevées lors de ce mouvement ne seront aucunement résolues et ressurgiront à la moindre alerte. Les Caraïbes françaises sont depuis trop longtemps sommées de se soumettre à un projet pensé pour elles par la France aidée dans sa besogne par quelques dominants et imposé par l’Union européenne dans le cadre d’une « concurrence libre et non faussée ». Après avoir secouru les banques, le pouvoir est sur le point d’éteindre le feu aux Antilles françaises, mais ce début de révolte a germé et beaucoup se sont posés et ont posé la question de nouveaux rapports sociaux et de la nature de société dans laquelle ils voudraient vivre. Cette question ne peut s’éteindre à coup d’argent ou de subventions. Elle risque de s’inviter encore, avec plus de pugnacité et de violence, à moins que les Etats généraux organisés librement par les Martiniquais et hors de ceux proposés par l’Etat ne fassent émerger un projet de société partagé et solidaire.
De l’effet Obama Il est juste à remarquer que le mouvement en Guadeloupe a débuté le jour de l’institution d’Obama dans ses fonctions de président pour voir que l’élection de Barak Husein Obama a quelques conséquences hors des frontières des USA. Un point positif de la mondialisation !
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