Reseau IPAM AEC France Aitec Amorces Cedetim Cedidelp Echanges et Partenariats
Assemblée Européenne des Citoyens
(AEC - HCA France)

Branche française du réseau international Helsinki Citizens' Assembly

 
  Présentation
 Qui sommes-nous ?
 Le réseau HCA
 Un peu d'histoire...

  Le bulletin de l'AEC
 A télécharger ici 

  Nos activités
 6-7-8 novembre 2009 - week-end de débats et animations à l’occasion du 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin
 Appel en faveur du désarmement nucléaire unilatéral de la France
 Dialogue arméno-turc
 Dossier Russie de l’AEC
 Dossier Turquie de l’AEC
 Douarnenez, émotion et solidarité internationale en Bretagne
 Fin d’été active dans le réseau HCA
 Hommage à Václav Havel
 Honte à vous Monsieur le Premier ministre !
 La Maison d’Europe et d’Orient et les Éditions Non Lieu vous invitent à une rencontre
 Le Forum social des Balkans, une chance pour l’Autre Europe
 Les proches de disparus dans le Caucase du Nord : Des voix contre le silence
 Les Rroms, boucs émissaires : Xénophobie, racisme, discrimination en France et en Europe
 Maghreb, Moyen-Orient
 Mercredi 30 novembre - Réunion sur la situation en Grèce
 Rencontres de jeunes
 Russie en résistances
 Speaking to one another - Souvenirs personnels du passé en Arménie et en Turquie
 Tchétchénie
 TWO MAJOR DISTINCTIONS FOR ’NEVER AGAIN’ FOUNDER
 
  Les membres du
  réseau

  Infos
 Retours à Sarajevo : rencontre avec Velibor Čolić et Igor Štiks
 La mort de Jri Dienstbier
  Communiqué de la Maison d’Europe et d’Orient (Paris/Nicosie)
 Irina Karamarkovic : l’anneau qui permet de voler à nouveau
 Jean Brugié, la force du résistant
 Des deux côtés de l’ancien Mur, la bataille des récits
 Communiqué du Festival de Douarnenez
 Assassinats politiques en Russie : ASSEZ !
 Balkanofonik ! Fête du Courrier des Balkans
 Gjirokastër - sept 08 : Culture, politique patrimoniale et crise d’identité
 Culture militaire et patriotisme dans la Russie d’aujourd’hui, de Anne Le Huérou et Elisabeth Sieca-Kozlowski (dir.)
 Communiqué de soutien à Natacha Kandic
 Les 10 ans du réseau Euro Méditerranéen des Droits de l’Homme à Paris
 Défendre la société civile dans la CEI
 Revue Au Sud de l’Est : le numéro 3 est sorti
 DEPRESSION SUR LE SUD CAUCASE : Voyage entre guerre et paix. Un livre de Bernard Dreano.
 Assassinat de hrant DINK
 "Au Sud de l’Est" : une revue sur les cultures des Balkans
 Solidarité avec nos partenaires en Azerbaïdjan
 
  Textes
  Guerres et paix au Caucase Empires, peuples et nations
  Turquie : la tutelle de l’armée, c’est fini ! Par Ahmet Insel
 A propos de l’indépendance du Kosovo
 A propos de quatre débats marocains entre la gauche laïque et les démocrates islamistes en 2007.
 Adieu à Anaït Bayandour
 Appel de Prague 1990 : Créons l’Assemblée des citoyens du processus d’Helsinki
 Appel pour le Dialogue civique russo-géorgien de jeunes
 Athènes et l’Europe
 D’une présidentielle l’autre. Tête de Turc, Bosphore et Maroni... A propos de la France, de la Turquie et sans doute de l’avenir.
 Déclaration de HCA au Conseil de l’Europe concernant les graves atteintes à la liberté d’expression et de la presse en Azerbaïdjan
 Déclaration du Mouvement public Géorgie multinationale au sujet de la campagne de diffamation contre Arnold Stepanian
 Education, islam, modernité et schizophrénie identitaire. Le Maroc, un cas d’étude.
 Féminisme et droits humains universels : une perspective
 Jihadisme et guerre contre la terreur : quelles réponses des sociétés civiles ?
 L’Arc de la Paix
 L’épreuve des bombes
 L’étau s’est refermé sur Hrant Dink
 La Ligue étudiante des Droits Humains irakienne : quels enjeux pour les organisations étudiantes et de jeunesse en Irak dans la guerre
 La Macédoine peut elle sortir de la guerre ?
 La politique migratoire russe entre régulation et rejet
 La Russie "après Poutine" : en attente de changements ?
 Le Centre du Monde
 Le piège ossète
 Les violences au Kirghizstan : l’ethnicité a bon dos !
 Maroc : Dissolution d’un parti dit islamiste et son chef arrêté
 Mascarade électorale à Grozny
 Menaces sur les Osséties, menaces sur le Caucase
 Minorités : les Rroms entre préjugés, méconnaissance et stigmatisation
 Notre amie Anaït Bayandur nous a quitté dans la nuit du 6 au 7 janvier.
 On comprend mieux le monde en marchant
 On comprend mieux le monde en marchant
 Où va la Turquie ?
 Predrag Matvejevic condamné par les « Talibans du nationalisme »
 Quel avenir pour le Kosovo indépendant ?
 Quelque part, sur les rives du Dniestr
 Retour sur dix années (et un peu plus) de rencontres « SIDU »
 Rroms des Balkans : intégration, citoyenneté, démocratie
 Russie : entretien avec A. YUROV, président de YHRM : "nous ne nous battons pas seulement pour nous-mêmes, mais pour une nouvelle génération de militants civiques."
 Russie : Politkovskaia & les résistances de la société russe.
 Sidu 2005 en Moldavie : témoignage d’une jeune participante turque
 Un dimanche à Ramallah entre occupation et indépendance
 Vidovdan et le mythe de Kosovo

 

> Accueil
FR | EN
 

Quel avenir pour le Kosovo indépendant ?

par Adam Novak
26 février 2008 

Le Kosovo qui vient de déclarer son indépendance se retrouve devant de nombreux défis. Bien que l’on porte surtout attention aux conflits potentiels avec la Serbie et les implications géopolitiques plus larges, d’autres enjeux se présentent d’une manière assez dramatique pour le nouveau pays. Le fait est que le Kosovo est assis sur une sorte de vide économique. La population globalement pauvre et sans moyen vit des envois de l’immigration, des subsides de la communauté internationale et des divers trafics qui abondent sur le territoire.

Le Kosovo est le pays le plus pauvre de l’Europe. Le PNP per capita de $ 1 300 dollars annuellement, soit l’équivalent du Ghana ou du Burkina Faso. Ce qui représente moins de 10% du PNB des pays les plus pauvres de l’Union européenne comme la Bulgarie et la Roumanie. En fin de compte, le niveau de vie actuel au Kosovo est inférieur à ce qui prévalait dans le territoire à l’époque où il faisait partie de la Yougoslavie en 1989.

Pourquoi le Kosovo est pauvre

Lorsque le Kosovo faisait partie de la Yougoslavie, il était déjà le territoire le plus pauvre de la fédération. Son PNB représentait à peine 10% de celui de la Slovénie, la partie la plus riche du pays. Mais à cause du système de redistribution qui prévalait dans la fédération, le Kosovo eut accès aux services d’éducation et de santé, de même qu’à un certain niveau d’industrialisation. À la fin des années 1980, le leader serbe nationaliste Slobodan Milosevic mit fin à l’autonomie régionale, ce faisant, propulsant un mouvement de résistance non-violent parmi la population majoritairement albanophone du Kosovo. Celle-ci fut pratiquement expulsée des emplois dans le secteur public. La population se replia sur l’agriculture familiale et sur les rentrées d’argent provenant de la vaste émigration kosovare en Allemagne, en Suisse et aux Etats-Unis.

En 1989, la guerre menée par l’OTAN a détruit l’essentiel de l’industrie et de l’infrastructure sur le territoire de la Serbie et du Kosovo. Ce qui restait debout après la guerre a été pillé par la population albanophone contente de prendre sa revenge sur le régime yougoslave. Par après, l’ONU a pris l’administration en charge et a transformé de facto le Kosovo en un protectorat.

L’ONU a échoué à développer l’économie du territoire et donc à améliorer la situation de la population. L’aide humanitaire sous forme de dons alimentaires entre autres a ruiné ce qui restait d’agriculture. Des milliers de paysans ont abandonné leurs fermes faute de débouchés pour leurs produits. Sous le régime de libre échange imposé par l’ONU, le mark allemand est devenu la monnaie courante et de facto, le Kosovo est ainsi devenu partie prenante de la zone euro (depuis 2002). Le Kosovo comme la Bosnie est ainsi devenu totalement ouvert à l’économie ouest-européenne. Les entrepreneurs locaux se sont retrouvés incapables de compétitionner.

Un des paradoxes de la séparation de facto du Kosovo est le fait que ce sont les entreprises serbes qui en ont le plus profité parce qu’elles sont plus fortes tout simplement que les entreprises locales. La Serbie est ainsi le plus important partenaire commercial du Kosovo, mais ce commerce est à sens unique. En 2007, le Kosovo a importé des biens pour une valeur de 1,7 milliard d’euros, pendant que ses exportations n’atteignaient même pas 150 millions d’euros.

En fonction de la législation imposée par l’ONU, le Kosovo est maintenant régi par un régime fortement néolibéral, qui fait en sorte que ses ressources naturelles (charbon, plomb, zinc, nickel) et industrielles peuvent être achetées ou vendues par n’importe qui à n’importe qui. Le régime légal mis en place par l’ONU favorise aussi les partenariats public-privé dans les infrastructures de base, ce qui peut profiter potentiellement aux multinationales de ce secteur, y compris dans la santé et l’éducation.

La crise du secteur de l’énergie électrique est un exemple de ce qui se passe. Le Kosovo est constamment affecté par des cessations de courant. L’entreprise publique produit environ 800 mégawatts par jour, ce qui correspond à moins de 80% des besoins. Elle ne peut acheter d’énergie ailleurs, en partie parce que depuis la mise en place de l’administration de l’ONU, presque personne ne paie pour le service. Les experts occidentaux proposent la privatisation de l’entreprise, ce qui permettrait aux prochains propriétaires privés d’augmenter les tarifs et de couper le service aux non-payeurs, essentiellement aux pauvres. Il est également question d’un nouveau projet de construction d’une centrale au charbon (le Kosovo en a en quantités), mais dont la production serait destinée à l’exportation dans les pays avoisinants.

Dans son hostilité au secteur public, l’ONU a créé au Kosovo une administration qui survit grâce aux taxes sur l’importation et sur les ventes et aux subsides de l’Union européenne. Avec l’indépendance, l’administration de l’ONU sera absorbée par le gouvernement national. Les employés de l’ONU qui reçoivent un salaire conforme aux normes européennes devront accepter d’être intégrés à l’administration locale avec des revenus de loin inférieurs. Comment cette situation pourra être gérée sans mener à la croissance de la corruption ou à la fuite des travailleurs qualifiés ?

Le problème est sérieux, d’autant plus qu’une partie importante de l’administration locale est déjà dans les mains des chefs de l’UCK, surtout à l’extérieur de la capitale, Pristina. Ce sont des secteurs mafieux qui contrôlent l’import-export ainsi que les nombreux trafics illégaux. Il est maintenant connu que le Kosovo est l’une des principales voies de transit pour le narcotrafic destiné à l’Europe. Le territoire est également une des sources importantes du trafic des personnes destinées à la prostitution. Avec le Monténégro, le Kosovo est enfin utilisé par les trafiquants de tabac. Dans la plupart des cas, ces lucratifs négoces sont contrôlés conjointement par des mafias kosovare et serbe.

Il est prévu que le gouvernement kosovar va tenter d’affaiblir les mafias qui originent de l’UCK en les embauchant dans l’armée, ce qui sera facilité par l’OTAN et les Etats-Unis qui ont promis d’employer les ex-miliciens dans leurs opérations militaires en Irak ou en Afghanistan. Ce qui s’inscrirait dans une certaine tradition dans cette partie du monde où les Albanophones ont été utilisés par divers empires, notamment l’Empire ottoman, comme force mercenaire.

Entre-temps, la population tente de survivre. L’agriculture minifundiaire, la très petite industrie et les services emploient moins de 50% de la population. Un tiers de la population a moins de 14 ans et le Kosovo est le pays d’Europe où le taux de croissance démographique est le plus élevé.

Certes la minorité serbe (10% de la population) est encore plus démunie puisqu’elle a perdu ses accès privilégiés à l’État serbe. Les jeunes quittent s’ils le peuvent. Aujourd’hui, le PNB per capita de la Slovénie, qui était déjà le décuple de celui du Kosovo avant la guerre, est de 16 fois supérieur.

Cette situation difficile n’est pas très connue. Une des raisons est le fait que la classe moyenne kosovare, celle qui est éduquée et qui est employée par l’administration de l’ONU, accepte cette situation dont elle bénéficie. Les initiatives non-gouvernementales sont souvent contrôlées par ce même groupe davantage soucieux de sécuriser son accès aux ressources occidentales que de reconstruire le pays, contrairement à ce qu’on voit dans le reste de l’ex-Yougoslavie où des ONG sont en campagne permanente contre la mafia, la corruption et la répression des droits.

L’élite kosovare semble obnubilée par un mélange d’idéologie néolibérale et un nationalisme hystérique et ethniciste qui justifie l’agressivité contre les minorités non-albanophones du pays. Cet ultranationalisme semble également créer un faux sentiment de sécurité comme si l’Union européenne « devait » aider le Kosovar indéfiniment.

Certes, l’UE devra payer la facture pour une longue période. Mais cette aide ne sera pas gratuite et inclura l’ouverture de l’économie aux capitaux européens, ainsi qu’à la réduction des trafics. Il serait par ailleurs surprenant de voir les capitaux affluer dans une situation aussi précaire et en tenant compte du fait que les pays voisins comme l’Albanie, la Grèce et la Turquie sont mieux placés pour accueillir les investisseurs. Les divers États de la région sont tous impliqués dans une course effrénée pour attirer ces capitaux sur la base de conditions salariales en dessous de tous les standards européens. Même dans les meilleurs des cas, l’ouverture à l’Europe sera pour le Kosovo désavantageuse par rapport à ce que le territoire recevait en tant que composante de la fédération yougoslave.

Adam Novak

21ter, rue Voltaire 75011 Paris - France | aec@reseau-ipam.org