Comment s’est créée la Ligue étudiante des Droits Humains ?
La Ligue étudiante des droits humains (en anglais Students’ League for Human Rights, SLHR) est une organisation humanitaire, non partisane, non commerciale, créée en juin 2003, dans une période où le rôle de la jeunesse était marginalisé dans la vie politique et sociale en Irak. La SLHR a été montée par 10 étudiants qui croyaient dans le droit de la jeunesse à participer à la vie politique et sociale, et aussi à la nécessité de former la société irakienne à la démocratie et des droits humains, visions qui manquaient alors totalement. C’est ainsi que nous en sommes venus à nous nommer "Ligue Etudiante pour Les Droits Humains".
La SLHR compte des membres actifs pour la plupart âgés de moins de 35 ans, qui travaillent de manière sérieuse, planifiée, pour améliorer le rôle de la jeunesse et ses activités par elle menées, d’encourager la contribution essentielle des jeunes dans tous les processus de décision. Le groupe de population que nous visons : les étudiants et les jeunes d’orientations politiques, éthiques et religieuses variées, afin de créer une conscience globale dans la jeunesse qui soit capable de résoudre les principaux enjeux et défis, les différents maux dont souffre la jeunesse en Irak...
A travers les activités auxquelles l’emploie la SLHR, nous travaillons durement à parfaire la conscience chez les jeunes et les étudiants ainsi que dans la société irakienne en général, afin de les faire se sentir responsables envers les problèmes et défis qu’ils affrontent depuis 2003. Pour cela, il faut donner un rôle accru et plus actif à la jeunesse dans les processus de décision de la vie politique, et rompre avec la marginalisation dans laquelle la jeunesse a vécu ces dernières décennies. Notre ambition est de créer une génération forte de jeunes leaders irakiens, capables de participer aux processus de décision.
Si la SLHR représente une jeunesse diverse dans ses appartenances, il y a cependant un but qui nous unit, nous donne ce sentiment d’unité, ce sentiment que nous appartenons tous à l’Irak : nous travaillons durement à rendre effective la participation de la jeunesse dans le processus de reconstruction de l’Irak afin de faire d’elle un vecteur directeur du processus de transformation du pays.
Notre objet n’est pas religieux, ethnique ou sectaire, mais il est de représenter les problèmes et obstacles dont souffre toute la jeunesse irakienne dans la période actuelle. Nous comptons parmi nos membres et fondateurs des étudiants issus de tous les horizons confessionnels et de tout le pays.
Le but de la SLHR est de toucher la jeunesse à travers tout le pays. Une de nos priorités est d’enseigner aux jeunes comment faire entendre leurs demandes, et comment faire que leurs voix atteignent le gouvernement. Qu’importe qu’il s’agisse de la jeunesse de Zakho dans le Nord du pays et d’Al Fawo dans le Sud... Ce qui nous importe c’est la jeunesse et ses besoins.
Nous souhaitons diffuser nos conceptions à travers tout le pays afin d’atteindre une solution commune. La SLHR a pour objectif de travailler à une "société civile" dans une perspective non confessionnelle, non ethnique.
Quels sont les enjeux pour les mouvements de jeunesse en Irak ?
D’abord il faut compter avec des facteurs extérieurs :
1. de nombreux partis politiques et courants religieux ciblent la jeunesse et les étudiants afin de les faire adhérer à leurs programmes. De nombreuses fois, ils ont tenté d’ouvrir des bureaux à cette fin sur les campus des universités afin d’atteindre les étudiants plus facilement, car ils considèrent ce segment de la population, la jeunesse et les étudiants, comme le plus important de la société irakienne. Alors partis et courants religieux font de leur mieux pour les atteindre et obtenir leur soutien.
2. La plupart des universités ont décidé de ne pas laisser les mouvements de jeunesse continuer de travailler à l’intérieur des campus afin de se tenir le maximum à distance des interférences et des pressions de type politique ou religieux d’une part, afin de prévenir les attaques terrroristes qui pourraient viser ce type d’activité d’autre part.
3. De nombreux étudiants ont été menacés ou même tués en raison de leur arrière-plan religieux. Par exemple, une histoire parmi d’autres, de nombreux étudiants qui étaient venus du Sud afin d’étudier à l’université de Mosul ont été tués en juin 2006 alors sur le chemin de l’université où ils se rendaient pour leurs examen. Ce genre d’évènement atroce pèse comme une menace sur les autres étudiants, moins enclins à se rendre à la faculté par peur d’être tués. Cela a affecté le processus éducatif en Irak. A cela s’ajoute ce que nous nommons en Irak "la campagne d’assassinats", qui est tournée contre les professeurs des universités, une campagne au cours de laquelle des centaines de gens éminemment talentueux ont été tués, ce qui a forcé les autres à quitter le pays pour leur propre salut et celui de leur famille.
4. Les conflits se sont multipliés dans les universités irakiennes, la plupart tournant autour des tensions entre Sunnites et Chiites, ce qui commence à affecter le quotidien des étudiants. De nombreuses grosses disputes naissent entre des étudiants des deux groupes et peuvent tourner au chaos si cela est instrumentalisé par les courants politiques ou religieux irakiens.
5. De nombreuses ONG de jeunes ont été la cible de terroristes ou d’extrémistes qui voulaient les forcer ainsi à laisser leur travail, cesser leurs activités, simplement parce que les terroristes et les extrémistes ont compris les risques de l’influence de la société civile sur les étudiants.
A cela s’ajoutent des facteurs internes :
1. Les équipes qui dirigent les mouvements d’étudiants et de jeunesse ne sont assez qualifiés pour guider les étudiants et les former à l’enjeu brûlant actuel de la réconciliation nationale. Et à ce sujet, pour être honnête, les attaques terroristes et la manque de réponse gouvernementale appropriée rendent les gens méfiants en général vis-à-vis de toute proposition de solution, et les font se détourner de tout le processus de réconciliation nationale.
2. Manifestement, il manque une coordination entre les organisations de jeunesse au Nord, au Sud et dans le centre de l’Irak. Partout, chacune d’entre elles tente de travailler d’un point de vue sectaire.
3. Beaucoup de ces équipes se sont engagées auprès de partis ou de courants religieux, ce qui affecte négativement leur rôle de têtes de pont de la société civile.
4. Il n’est tiré aucun revenu financier de leur travail militant. Aussi la plupart se focalisent d’abord sur les activités du quotidien ou sur des possibilités ici et là de gagner quelque revenu supplémentaire. Et par ailleurs, dans ce contexte, il manque encore une éducation à l’importance de la société civile... On préfère penser d’abord à ses revenus économiques immédiats plutôt qu’au bénéfice pour le pays.
5. La plupart des équipes qui dirigent les mouvements de jeunesse sont encore amateurs et ont manifestement besoins de nombreux programmes de formations sur les montages de programmes, les tactiques de lobbying, l’organisation effective du travail, la sollicitation des avis des étudiants et leur recrutement au profit de l’association, de nombreuses questions de la sorte restent en suspens dans les esprits des militants de la jeunesse...
6. De nombreux mouvements de jeunesse ne reçoivent pas suffisamment d’argent des organisations internationales pour réaliser leurs programmes et leurs idées, pour atteindre enfin les étudiants à travers tout le pays.
Qu’attendez-vous de la solidarité internationale concrètement ?
- Nous attendrions d’elle qu’elle nous aide dans le champ de la formation, en établissant des contacts entre nous et les principaux instituts d’éducation en Europe par exemple, qui peuvent nous aider en termes de ressources, de soutien et de bourses dans leurs divers instituts.
- L’aide des organisations internationales serait tenue en haute considération si en outre elle répondait aux attentes concernant l’éducation en général de la société, pas seulement de la jeunesse éduquée : sur l’importance en soi des organisations civiles, et les modes de diagnostic et de traitement des différents problèmes dans la société irakienne touchant les femmes, les enfants et la population jeune. Il est important que les Européens comprennent quels sont les défis que doit affronter l’Irak aujourd’hui, ainsi que la violence et le terrorisme qui déchirent notre pays et en fait des lambaux. Cela nous aidera à faire une place à la communauté internationale à nos côtés pendant la période de transition.
- Construire des ponts entre les différentes jeunesses (Irakienne et internationale) : en améliorant les communications humanitaires, avec possibilité d’échanges pour tous aux différentes échelles régionales et internationales. Cet objectif peut être atteint à travers une série de programmes d’entraînement dans lesquels les participants des diverses sociétés (européennes et arabes) peuvent apporter leur propre contribution et partager leurs idées, se rapprocher suffisamment les uns des autres pour qu’ils comprennent comment ils pourraient coexister ensemble de manière pacifique.
Saif Ahmad (membre de la direction de la Ligue Etudiantes des Droits Humains), interview avec Karine Gantin (Helsinki Citizens’ Assembly, MEYF/MECA), Juillet 2007
Cet article a été publié également sur le site www.alternativesetudiantes.info/