Les 5 et 6 novembre dernier l’équipe du bureau de Nigdy Wiecej (Never Again, "plus jamais ça"), principale association de la scène antiraciste et antifasciste en Pologne, est venue à Paris pour une série de séances de travail avec l’AEC et divers partenaires : Rafal Pankowski, par ailleurs journaliste, dont le dernier ouvrage paru est l’essai "Racisme dans la Culture populaire" (Rasizm a Kultura Popularna, 2007) ; Jacek Zinkievicz, également responsable des campagnes "Football contre le Racisme" en Pologne, Natalia Sineaeva, qui est aussi l’animatrice du Helsinki Citizen’s Assemlby en Moldavie, Aleksander Nitka.
La délégation a rencontré par l’entremise de l’AEC plusieurs des principales associations françaises antiracistes, antifascistes, de l’immigration et des droits humains (ACORT, ATMF, FTCR, MRAP, LDH, Ras’l’Front, No Pasaran...). Ces associations ont découvert avec intérêt le travail de Nigdy Wiecej. Nos amis polonais se sont dit quant à eux impressionnés par l’histoire de luttes, la qualité du travail actuel et celle des analyses portées notamment par les principales associations d’immigration françaises actuelles.
Nigdy Wiecej, partenaire l’Assemblée européenne des citoyens (réseau européen Helsinki Citizens’ Assembly), a été créée en 1992 par de jeunes Polonais afin de répondre à la montée visible du racisme et de l’antisémitisme dans la Pologne post-communiste. Nigdy Wiecej se consacre particulièrement au problème de l’éducation à la lutte contre les discriminations raciales et ethniques parmi les jeunes. Indépendante de tout parti, l’association est devenue une référence majeure en Pologne tant le domaine de l’éducation aux droits humains et de la promotion d’une société civile démocratique, que dans le champ militant antiraciste et de l’immigration : travail de veille sur les discriminations grâce à un réseau actif de correspondants à travers le pays, actions et campagnes de sensibilisation multiples, publications...
Egalement, un débat a été organisé le 6 novembre à cette occasion par l’AEC au CICP sur le thème : « La Pologne, entre ordre moral et modernité européenne... Quelles batailles antiracistes et pour les droits des minorités aujourd’hui en Pologne ? Diagnostic et stratégies. » Nos amis polonais ont apporté leur analyse sur la toute fraîche élection polonaise qui a mis fin à deux années de gouvernement ultraconservateur. Ils ont nuancé le déclin annoncé des idées populistes, antisémites et d’extrême-droite véhiculées par le PiS (Parti Droit et Justice) sortant et ses alliés de gouvernement, à savoir la Ligue des Familles polonaises (LPF, extrême-droite) et le parti paysan d’« autodéfense » Samoobrona (populiste).
Car la méfiance est de mise. Si l’échec électoral a peut-être affaibli ces mouvements réactionnaires et leurs alliés identifiés tels que la radio catholique antisémite Radio Maryja ou encore la jeunesse à caractère néonazi All Polish Youth (la branche jeune de la LPF), ces mouvements ont pu essaimer ouvertement leurs idées durant deux années au pouvoir.
D’autant que la Pologne, en transition économique et politique rapide depuis 1989, et malgré les succès, a assisté à la montée de l’extrême-droite et à la diffusion des idées racistes non sans une certaine indulgence institutionnelle, tandis que le poids de l’Eglise catholique et le rejet de l’ère communiste se sont conjugués au détriment des minorités comme des droits des femmes...
Rappelons-nous par exemple que l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne en 2004 a ainsi été vécue sur un mode complexe, voire contradictoire. Sur le terrain des droits humains et de la protection des minorités ethniques ou sexuelles, notamment, cela s’est traduit par une application tiède des textes communautaires...
Alors que l’UE peine donc à présenter une stratégie efficace face à cette donne, les mouvements civiques polonais préoccupés par le fascisme ou la protection des minorités ethniques ou sexuelles insistent quant à eux sur le travail en interne à la société. Imaginatifs, souvent isolés et parfois menacés, portés par de très jeunes gens aux moyens souvent réduits, ils explorent non sans succès des pistes de travail alliant lobbying institutionnel et travail massif d’investigation et d’information, d’alerte et d’analyse, de réseautage enfin basé sur un investissement de la culture populaire, par exemple dans les stades de foot ou grâce à l’organisation de grands concerts.
Nigdy Wiecej a pu raconter son travail et insister sur son désir d’échange accru en termes de pratiques mais aussi d’analyse sur les formes du travail interculturel, antiraciste et pour les droits humains en Europe.
Karine Gantin
Voir également :
- Deux brochures synthétiques publiées par Never Again ensemble avec New Tactics in Human Rights (Center for Victims of Torture) : Breaking the silence : Using Popular Culture to Engage Young People in Human Rights Reporting (2003). Et : Poland : Democracy and the Challenge of Extremism : a special report by the Anti-Defamation League , publié par Never Again en 2006.
- Racism in Popular Culture, a book by Rafal Pankowski (Never Again, Poland). 2007. In Polish

"(...)The author gives examples of multiple forms of racism in the broad field of popular culture. They start from racism as a form of rejection of society and its moral principles as exemplified by the case of “National Socialist Black Metal”, a musical and subcultural form where extreme racism and neonazism mixes with Satanism and paganism. The obscene language and violence associated with NSBM is a result of a radical rejection of society in the subculture...
The complex relationship of the concept of racism and globalization is also discussed. While cultural globalization is often seen as homogenizing cultural tastes, including through the promotion of cosmopolitan black role models, it can be said it provides an ideological cover for contemporary forms of extreme inequality and injustice in an increasingly polarized globalized world. It masks inequality and structural discrimination, although on the surface it has no obvious political connotations.
Nevertheless, popular culture can also serve as a truly emancipatory force in today’s struggles for racial justice. Despite structural limitations implicated by the structure of the global media, the genuine anti-racist message can be delivered through various channels of contemporary popular culture with impressive examples of pop cultural heroes such as Muhammad Ali and Bob Marley to name just two. The Polish campaign “Music Against Racism” is but one example of an anti-racist initiative in the popular cultural field using the vehicle of independent alternative youth culture." More...
Original title : RASIZM A KULTURA POPULARNA