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Russie : entretien avec A. YUROV, président de YHRM : "nous ne nous battons pas seulement pour nous-mêmes, mais pour une nouvelle génération de militants civiques."

par Karine Gantin
29 septembre 2007 

Entretien avec Andrey Yurov, Président d’honneur du Mouvement international de jeunes pour les droits de l’homme YRHM, à propos des difficultés de la société civile en Russie et de son organisation, suite à l’interdiction de cette dernière par les autorités russes. Réalisé par Karine Gantin (Paris, IPAM),juillet-août 2007. Version originale en anglais ici [1]

Bonjour Andrey. Peux-tu nous dire quelle est la situation actuelle en Russie du point de vue de la défense des droits humains ?

Andrey Yurov : Ces dernières années, de mon point de vue, la situation des droits humains s’est en général détériorée, en particulier celle des droits fondamentaux (individuels, civils, politiques), quand bien même on constate quelques améliorations dans certains domaines. La tendance générale, - la menace principale !,- c’est que ces dernières années les autorités sont largement retournées aux anciennes méthodes soviétiques - qui sont restées fondamentalement les leurs - et ne se sont pas tournées vers les aspirations du peuple. Les autorités ont perdu de vue leurs fonctions essentielles, clairement stipulées dans la constitution de la Fédération de Russie, à savoir la protection des droits et des libertés des citoyens. Au contraire, droits et libertés des citoyens ont été mis de côté : ils sont devenus superfétatoires, inutiles et sont brutalement détruits.

Peux-tu nous donner quelques exemples de ces régressions des droits ?

AY : Je voudrais attirer plus particulièrement l’attention sur certaines questions qui concernent directement notre organisation.

Je commencerais par un droit essentiel en matière de procédure : le droit à un procès équitable. Pour de nombreuses personnes, pas seulement des militants des droits de l’homme mais aussi des experts, des juristes, des politologues, les tribunaux sont, ces derniers temps, de moins en moins indépendants, de moins en moins libres. En cas de poursuite engagée par des citoyens contre une quelconque autorité ou une grosse structure commerciale (ce qu’on appelle « les puissants de ce monde »), le tribunal tranche le plus souvent en faveur de ces derniers. C’est parfois une question de corruption pure et simple, et parfois... simplement une question de peur, que leur téléphone soit sur écoute, etc. Ceci contribue à mettre les gens sur leurs gardes, car en principe, le tribunal devrait être ce lieu de procédure impartiale grâce auquel tous les autres droits sont protégés. Et exactement de la même manière, les droits civils et politiques élémentaires - la liberté de réunion, d’association, de parole - constituent, en théorie, ces droits qui permettent la protection de tous les autres droits, par exemple les droits sociaux, collectifs, environnementaux, etc.

Concernant la liberté de réunion, on peut considérer que la loi sur les initiatives collectives est en elle-même assez bonne, mais que sa mise en pratique est très mauvaise. Par exemple, quand les autorités locales interdisent toutes sortes de réunions publiques en violation flagrante de la loi, le tribunal donne généralement raison à ces autorités locales. Concernant la liberté d’expression, on ne peut pas considérer que les changements soient significatifs. Il est très important que, jusqu’à présent, chacun ait le droit de publier une journal d’un tirage allant jusqu’à 999 exemplaires ou de mettre en ligne sur Internet ce qu’il veut. Cependant, les premières poursuites concernant la liberté d’expression sur Internet ont commencé, et il y a des cas de personne poursuivies pour avoir critiqué ouvertement les autorités. Il n’y a pratiquement pas de grand média libre, ou du moins de véritable mass média. Ceux qui existent ont une diffusion très limitée, et en règle générale diffusent à un niveau très local. Aujourd’hui, la principale raison de s’alarmer, du point de vue de la loi comme du point de vue des pratiques, c’est la question du droit d’association.

Est-ce en rapport avec la nouvelle législation sur les associations qui fait tant parler d’elle ?

AY : La nouvelle loi sur les associations (ONG), ou, plus précisément, les modifications et amendements de plusieurs lois, faits en même temps, ont beaucoup compliqué le travail des organisations non lucratives. Premièrement, les associations non lucratives ont pratiquement perdu leurs avantages fiscaux antérieurs, ceux qui leurs sont reconnus dans le monde entier, et elles sont assimilées, du point de vue financier, à des organisations commerciales.

Deuxièmement, le processus de création et d’enregistrement des associations et devenu infiniment plus complexe que, par exemple, celui de n’importe quelle organisation commerciale, qui, elle, peut rendre des services décevants pour les populations.

C’est un système de contrôles multiples, qui exige énormément de travail.

On doit obligatoirement produire des rapports, bien plus que pour une société commerciale. Même la plus petite des associations, si elle veut être enregistrée, doit employer une personne à plein temps uniquement pour écrire ces rapports. Cela mine le principe même d’activité d’une association indépendante, où les gens, regroupés pour mettre en commun leurs intérêts, doivent ouvrir (ou pas) un compte bancaire, mais quoiqu’il arrive doivent avoir un minimum d’activité financière et sont par nature occupés avant tout à la défense de leurs intérêts ou de ceux d’autres personnes.

La procédure pour suspendre l’activité d’une association non lucrative ou la fermer est devenue si simple que rien qu’en mai-juin dernier, des centaines, peut-être des milliers d’organisations ont été fermées par jugement des tribunaux, hors de leur présence. Ce qui est particulièrement perturbant, c’est que la liste des contrôles mis en œuvre par les autorités concernant la vérification des associations est si obscure, que certaines organisations n’ont appris leur fermeture que très longtemps après que celle-ci fut décrétée ! Pour nous il est absolument inacceptable de fonctionner avec de telles règles du jeu. Pour l’Etat, ce qui est primordial n’est pas notre droit d’association, notre liberté, mais c’est de nous accorder ou pas l’autorisation d’agir en fonction de ses propres intérêts. Les autorités veulent rendre les associations transparentes, mais seulement pour les autorités, pas pour la société. Nous sommes prêts à être transparents envers la société. Par exemple, il était possible d’obliger les associations à poster des rapports ou à les rendre publics sur Internet plutôt que de devoir les apporter au service d’enregistrement. Et dans de telles conditions, nous sommes, en ce qui nous concerne, fondés à demander, pour comprendre ce qui se passe, une totale transparence de la plupart de ces organismes de vérification. Il est nécessaire d’expliquer très fermement aux autorités à tous les niveaux, que créer une organisation et l’enregistrer est fondamentalement notre droit. Les autorités sont là pour nous aider à légaliser les documents, pas pour interférer dans l’application de notre droit.

Comment les citoyens réagissent-ils à ce comportement des autorités ?

AY : Malheureusement, une grande partie de la population demeure indifférente au fait que ces droits et libertés soient ainsi escamotés, même si, j’espère, ce n’est pas une majorité. Les gens prennent acte que la Constitution est bafouée et qu’elle n’est plus un sujet a fortiori un objectif pour l’Etat. Et ceci me préoccupe beaucoup plus, en tant que militant des droits de l’homme, que l’excès d’autorité.

Cette attitude des gens est en partie liée au développement de comportements fascistes dans la société et au sein des autorités. Je m’explique. Je veux parler de trois catégories de fascisme : la montée de la xénophobie, le mode de pensée totalitaire et le culte du militarisme. Le niveau d’intolérance a énormément augmenté à l’encontre de ceux qui sont différents de la majorité du point de vue de la religion, de la croyance, de l’apparence, ou encore du fait de leur appartenance à toutes sortes de sub-cultures pourtant non agressives. Les gens sont revenus au mode de penser soviétique, pour lequel il existe des intérêts considérablement supérieurs à ceux des droits et libertés des individus, et que les individus peuvent être écrasés, guidés par une grande idée, au nom d’un grand leader, d’un grand parti, etc. Et l’on cultive aussi l’idée que la résolution des conflits doit passer par des méthodes violentes.

Que ce passe-t-il dans le champ de la défense des droits humains ?

AY : Les protections ont fortement diminué. Ceci est en relation avec les tendances et les menaces dont je viens de parler. Les problèmes de liberté d’association concernent aussi les militants des droits humains. Les militants des droits humains et des droits civiques sont sous pression, des pressions dont l’ampleur n’a cessé de croître ces derniers temps.

On a créé une image négative des militants des droits humains dans les médias, différents organes ont exercé des pressions directes : pressions financières, vérifications administratives ou de sécurité (incendies, etc..) et d’autres encore. Sous des prétextes de droit commercial, des militants ont été expulsés de leurs bureaux. Des pressions sont exercées à leur encontre sous formes d’inculpations criminelles tirées par les cheveux ou encore de motifs administratifs divers. Ils sont même interpellés en cours d’actions « légales » organisées par eux en respect pourtant de toutes les dispositions de la loi. On a vu des cas de plus en plus fréquents ou des membres d’organisations de droits civiques, pas des militants des droits humains, ont été expulsés de leurs trains alors qu’ils se rendaient à des actions.

En permanence, des policiers pénètrent dans des appartements sans motifs, juste pour contrôler les identités, qui vient d’où et qui va où, de manière à exercer des pressions sur les parents. Par exemple, je suis personnellement membre du Conseil consultatif pour les droits humains de la Fédération de Russie, directeur de l’accueil du public pour le médiateur du district de Voronej, je suis donc un « semi-bureaucrate », bien que je ne reçoive pas d’argent pour cette tâche de représentant officiel. Quoiqu’il en soit, ces derniers six mois, des représentants des corps répressifs sont venus deux fois dans mon appartement, alors que j’étais absent, pour demander où j’étais, pour rechercher si je n’étais pas impliqué dans des actions extrémistes, et pour effrayer mes parents. La situation devient vraiment absurde. Imaginons qu’ils soient allés au domicile du médiateur fédéral, Vladimir Lukin, pour demander s’il n’était pas engagé dans quelques actions radicales pendant qu’il était en train de représenter la fédération de Russie dans un congrès mondial ! Si de telles pressions sont exercées sur des militants des droits humains « officiels », on peut imaginer que la situation est bien pire pour des activistes ordinaires.

Quels sont tes commentaires sur la “fermeture” de votre organisation ?

AY : Concernant ce qui nous arrive, j’ai deux hypothèses. Et je n’en privilégie aucune.

La première, c’est une mesure de représailles délibérée contre le Mouvement de jeunes pour les droits humains (International-YHRM). Je n’ai pas information spécifique quant au fait que notre organisation serait sur une liste « secrète » des organisations indésirables, faite par on-ne-sait-qui. Mais une telle liste nous a été transmise par une administration régionale dans la partie européenne de la Russie.

La seconde est liée aux erreurs induites par le système général résultant des changements dans la loi sur les associations. Ironiquement, l’YHRM a été parmi les critiques les plus actifs de cette nouvelle législation ; nous avons expliqué que les amendements votés créaient une situation illégale car la loi, au lieu de définir des règles du jeu précises, créait les conditions de l’arbitraire.

La situation est symptomatique, elle montre l’attitude dominante qui s’est développée dans notre appareil d’Etat à l’encontre de la société. L’Etat croit avoir le droit de contrôler et d’interdire par l’imposition de restrictions, au lieu de promouvoir les institutions de la société civile et de contribuer à leur développement. Plus particulièrement, l’Etat, en invitant les officiels à adopter de telles attitudes, provoque le conflit entre la société civile et les autorités, ce qui est dommageable pour la réputation de la Fédération de Russie dans son ensemble. Nous savons que notre situation n’est pas un cas isolé, et qu’il existe de multiples autres cas similaires dans d’autres régions.

En ce domaine, quelque chose d’autre me préoccupe. Nous sommes tout de même une organisation assez bien connue et j’espère que de nombreuses personnes vont nous défendre. Mais pour un très grand nombre de petites organisations dans les régions, qui ont elles aussi été illégalement fermées, il n’y a personne pour les défendre.

Quels sont les aspects juridiques du problème ?

AY : En ce qui concerne les actions des autorités, je vais les considérer du point de vue légal, même si cela peut paraître inutile et idiot.

Je veux en commenter deux dimensions.

La première, c’est l’analphabétisme des officiels du Service fédéral d’enregistrement (FRS), qui, au travers de la décision de la cour, ont démontré leur incompétence. A mon avis, les prétextes formels de la fermeture de l’YHRM sont insignifiants et ridicules. Il est évident que n’importe quel tribunal indépendant aurait pris en considération notre demande, voire aurait accordé des dédommagements à notre organisation. Nous avons l’intention de faire appel de la décision du tribunal et, dans cet appel, de demander des compensations pour le préjudice moral.

La seconde, le tribunal a rendu son jugement par défaut, en notre absence, sans avoir pris le temps de vérifier l’authenticité des informations données par le Service fédéral d’enregistrement (FRS). Une simple enquête aurait suffit pour connaître l’adresse à laquelle on pouvait notifier à l’organisation attaquée qu’elle pouvait exercer ses droits de défense, et faire face à ses responsabilités. Mais la cour a tout simplement accepté l’assertion du Service fédéral d’enregistrement après avoir juste oublié d’exercer son autorité judiciaire, de défendre la loi au lieu de légitimer les décisions du pouvoir exécutif.

Le tribunal a toujours la possibilité de corriger la situation ; nous avons déjà déposé une plainte pour la suspension de la décision par défaut, en précisant que nous n’avons reçu aucune notification et que nous n’avons pas été en mesure de présenter notre défense. S’il est reconnu que personne ne nous a informés de l’audience de la cour, la décision sera suspendue et nous aurons la possibilité de répondre sur le fond aux allégations du Service fédéral d’enregistrement. Nous considérons que le jugement en notre absence et la mise en cause initiale sont illégaux et nous les contesterons. S’il n’est pas possible de le faire en Russie, nous avons fermement décidé de porter l’affaire devant la Cour européenne pour défendre le droit d’association - pas seulement le nôtre mais celui de très nombreuses organisations qui doivent affronter ce genre de pratiques.

Andrey, quel est ton sentiment personnel face à cette situation ?

AY : J’ai appris ce qui nous arrivait alors que j’étais à un séminaire international de la Helsinki Citizens’ Assembly à Cracovie, qui portait sur les problèmes du développement du nationalisme et de la xénophobie. La première chose que j’ai ressentie, a été, bien sûr, un certain désarroi, de l’indignation, de l’amertume. Ensuite j’ai examiné la situation et je me suis aperçu que tout n’est pas si mauvais.

D’abord j’ai immédiatement constaté le soutien de tous les participants à ce séminaire international. Deuxièmement, compte tenu que des centaines d’organisations sont dans le même cas en Russie, et qu’elles peuvent devenir des milliers, la fermeture de notre organisation fournissait une très bonne occasion de lancer une grande campagne. Une telle campagne n’a pas simplement pour objectif la restauration des droits de notre organisation, mais un sens plus vaste : la protection de la société civile en Russie et dans les états de la CEI.

En un sens, je perçois maintenant un certain courant de forces et de désir d’agir davantage, car jusqu’à présent, très souvent, notamment en Russie, quand on présentait des faits concernant ces sujets, on nous répondait, à différents niveaux ou chez divers officiels que n’étaient ainsi fermées que des organisations extrémistes ou alors des organisations qui ‘n’avaient pas été capables de produire leurs rapports dans les délais requis. Mais maintenant on voit clairement qu’il est facile de fermer une organisation bien connue, solide et qui coopère avec les structures de l’Etat, sans parler du fait de transmettre ces rapports en conformité avec les normes de la réglementation.

Actuellement, nous avons parfaitement le droit de contredire ces motifs d’interdiction, de dire que la législation russe et la manière dont elle est appliquée sont telles qu’aucune organisation ne peut être en sécurité, surtout si elle affirme une position citoyenne indépendante. Mais les organisations qui soumettent totalement leurs activités aux volontés des autorités, directes ou indirectes, vont bénéficier de toutes les garanties possibles. De ce point de vue, j’ai l’impression que l’article que j’ai écrit il y a deux ans, était prophétique quand il prévoyait la division de la société civile en trois catégories.

Ces trois catégories sont :

  • Ceux qui se soumettent à l’Etat - ils vont bénéficier de toutes sortes de privilèges, subventions d’Etat, appartenance à des instances publiques, etc.
  • Ceux qui seront détruits à cause de leurs positions citoyennes indépendantes.
  • Ceux qui vont être conservés pour des activités exotiques, des manifestations à destination de l’Occident pour démonter que chez nous il y aussi la « Démocratie » et la « Société Civile ».

En fait, compte tenu de ces facteurs, mes sentiments d’aujourd’hui sont qu’il ne faut pas baisser les bras mais combattre, et pas seulement combattre pour nous, et pas seulement pour les organisations civiques russes. Maintenant plus que jamais, je sens qu’ils mettent sous pression les organisations civiques des différents pays de l’ex-URSS, en Biélorussie, en Asie centrale, dans les pays du Sud Caucase, etc.

En un sens, pour de nombreux militants de l’YHRM qui pensaient seulement s’engager dans des activités d’éducation et à qui on avait assuré qu’ils ne risquaient rien, cette situation a démontré que dans une société ainsi restreinte, il est impossible de s’occuper de sujet « enfantins » et frivoles et d’indiquer que tout ne va pas pour le mieux. Maintenant il est clair que le désastre peut survenir n’importe où, et cela signifie qu’il est nécessaire de lutter, pas seulement de lutte pour soi et pour les organisations de Russie, mais aussi pour ce qui a toujours été l’orientation de l’activité de l’YHRM : la protection de la société civile dans de nombreux pays de monde et la création d’une nouvelle génération de militants civiques.

Quel soutien attendez-vous, et de qui ?

AY : D’abord si l’on tient compte du fait que nous sommes une organisation internationale et en même temps un réseau international, nous avons entièrement confiance dans le fait que ce qui vient de se passer va très fortement mobiliser les membres du Mouvement de jeunes international des droits de l’homme (YHRM). Nous espérons aussi que cela va mobiliser nos amis et partenaires les plus proches, et va les conduire à retrouver un engagement dans la lutte contre l’injustice qui avait un peu faibli ces derniers temps.

Deuxièmement, le soutien de diverses sortes d’organisations, russes et internationales, simples militants, journalistes, jeunes, est très important pour nous. Il est en effet très important que les militants de nos groupes locaux aient le sentiment de ne pas être seuls, qu’ils sentent qu’il y a, dans le monde, des gens prêts à les soutenir malgré tout ce qui arrive autour d’eux. Les pétitions, informations des diverses agences, enquêtes officielles, et. Tout cela est très important pour nous aider à défendre notre droit d’exister face à l’appareil d’Etat.

Nous attendons du soutien de différentes organisations, russes, étrangères et internationales et de militants individuels. Nus avons crée un site web : http://www.defence.yhrm.org sur lequel on trouve des nouvelles de notre campagne de solidarité, et ou il est possible de s’informer sur les moyens de nous aider.

Et troisièmement, quoiqu’il arrive, nous espérons que la fermeture d’une organisation devenu très bien connue après dix années d’existence, sinon en Russie, du moins en Asie centrale et en Europe, va entraîner de nombreuses structures gouvernementales et intergouvernementales, comme l’OSCE, le Conseil de l’Europe, etc., à appréhender de manière complètement différente les programmes de protection des militants des droits humains et de la société civile dans les pays de la CEI (Communauté des Etats indépendants qui regroupent la plupart des républiques de l’ex URSS). En d’autres termes, nous espérons que ce qui s’est passé sera une excellente occasion d’attirer l’attention sur les problèmes des organisations de droits humains dans l’ensemble des pays de la CEI.

Nous envisageons, dans un futur proche, de commencer une campagne internationale de protection de la société civile des pays de la CEI, nous l’avons entamé l’an dernier, et nous espérons que ne nombreuses personnes et organisations vont s’y joindre.

Nous ne comptons pas seulement sur les militants de droits humains, mais aussi sur les intellectuels et les personnalités du monde de la culture. Nous espérons que l’avenir de la société civile et la solidarité feront l’objet de débats dans autant d’événements ou de rencontres intergouvernementales que possible. Nous ne voulons pas nous présenter en victimes (quoiqu’il arrive nous sommes une jeune organisation, et si nécessaire nous reconstituerons une organisation à partir d’un autre pays, il ne va pas être si facile de débarrasser de nous), nous voulons être un instrument pour entamer une lutte, pas seulement pour nous mais aussi pour tous les militants civiques et des droits humains sur le territoire de la CEI.

Qui sont les membres de votre organisation ?

AY : Si nous regardons qui constitue aujourd’hui YRHM International, on peut identifier des groupes caractéristiques. Le premier type, ce sont des militants civiques ou des leaders d’organisations citoyennes (qui commencent à être professionnels ou qui le sont déjà), travaillant dans différents secteurs, de la défense des droits de l’homme proprement dite à l’écologie, de l’éducation aux droits humains pour les élèves des écoles à la formation des employés de certaines organisations ayant pour fonction de faire respecter la loi, de l’anti-totalitarisme à la défense des droits des conscrits.

Le second est composé de leader reconnus et d’experts des questions de société civile et de militants des droits humains bien connus. Des gens qui sont, d’une certaine manière, des enseignants ou les porte-drapeaux pour beaucoup de membres du MVD (ministère de l’intérieur) qu’ils forment, conseillent et guident dans leurs activités quotidiennes.

Et le troisième, ce sont des étudiants engagés, de jeunes enseignants, des journalistes, de différents pays, qui ne sont peut-être pas en mesure de s’engager directement, mais qui cependant désirent être bien informés sur ce qui se passe dans leur pays et dans le monde en matière de droits humains, et qui voudraient participer à des campagnes ou à des programmes de formation particuliers. Dans ce même groupe, je situerais aussi les militants des mouvements sociaux et des partis politiques qui sont engagés dans la défense des droits humains, et participent périodiquement aux actions de protection ou aux programmes d’éducation de l’YHRM.

Le portrait collectif des militants de l’YHRM pourrait se présenter ainsi : de jeunes idéalistes, qui, en plus de leurs idéaux et valeurs, ont de fortes aspirations à la formation et au développement de leurs capacités, à l’enrichissement personnel et professionnel, et qui veulent, sans aucun doute, changer le monde. C’est l’image que nous voulons relayer (en parole et en actes) dans les différents médias de jeunes pour chercher et trouver de nouveaux jeunes. Ces jeunes gens sont sur le même chemin que nous.

Pouvez-vous nous expliquer comment votre organisation est structurée ?

AY : On peut décrire la structuration de l’YHRM autour de quelques lignes principales. Les orientations sont définies par les assemblées générales, et entre celles-ci par les réunions du comité de coordination international ; le siège de ce comité est à Nijni Novgorod. Il y a aussi des structures de travail, le centre administratif qui assure le fonctionnement courant du réseau et le centre d’information (travaillant avec les membres du réseau) tout deux à Voronej, et les centres d’information : international à Moscou, et européen à Berlin.

Deuxièmement, comme nous l’avons déjà dit, les diverses structures thématiques par objet ou type d’activité, rassemblant des participants du réseau dans différentes régions et pays (par exemple les groupes de travail sur l’antifascisme, la liberté de réunion, le groupe éducation, le groupe de recherche et de suivi, celui sur les actions publiques, etc.).

Troisièmement, le structures territoriales d’YHRM. Par exemple YHRM Ukraine ou bien YHRM Nijni Novgorod en Russie.

Il est intéressant de noter les différentes formes d’engagement dans l’YHRM, de correspondants ou de participants au réseau. Les correspondants sont les personnes ou les organisations qui reçoivent de l’information, peuvent la diffuser, bénéficient des informations publiés par YHRM, etc. Les participants sont des personnes ou des organisations plus familiers avec le réseau, avec les militants du réseau, et qui sont prêts à assumer certaines obligations morales, à soutenir les autres participants du réseau. Dès lors, pratiquement, chacun peut devenir correspondant, diffuser les idées et valeurs de l’YHRM et participer aux échanges d’information, mais un participant est une personne qui est suffisamment liée au réseau YHRM et prête à y contribuer sérieusement.

Quels sont vos projets actuels et futurs ?

AY : Actuellement, l’YHRM développe cinq programmes de base (ou macro-programmes si l’on veut).

Le premier programme - Les jeunes pour les droits humains et la dignité individuelle - a pour objet l’éducation et la protection des droits humains au sens strict, tel qu’ils sont énoncés dans la Convention européenne des droits de l’homme. Dans le cadre de ce programme on trouve des thèmes tels que : liberté d’association, liberté de réunion, abolition de la peine de mort, renforcement des instances de d’application du droit, etc.

Le second - les droits des jeunes -, est orienté vers à la protection d’un ensemble de droits concernant les jeunes et encadré par la législation des pays. Il s’agit des droits des étudiants, des jeunes, des conscrits, des droits sociaux et du travail des jeunes, etc.

Le troisième - jeunes pour la justice -, s’attache au travail de ce que l’on appelle les problèmes de la sphère publique, le type d’injustice qui, sans être des violations des droits humains (au sens européen du terme), ou de la législation nationale, constituent cependant objectivement des injustices et vont à l’encontre des intérêts de groupes sociaux significatifs.

Le quatrième - antifascisme et intolérance -, traite, d’abord, de trois sous-thèmes : lutte contre l’intolérance raciale, nationale et religieuse ; opposition au culte de la force, de la violence et de la militarisation ; et antitotalitarisme. Il comprend de nombreux programmes de formation d’élèves, de professeurs, d’étudiants, un programme de soutien aux étudiants étrangers en Russie, etc.

Le dernier programme - solidarité ou protection des militants des droits humains - : dans le cadre de ce programme sont développés des mécanismes de soutien et de protection des militants des droits humains et organisations citoyennes qui subissent des pressions du fait de leurs activités. Il s’agit d’actions, de campagnes de soutien et autres activités de solidarité.

Plus particulièrement, compte tenu de la situation actuelle, dans le cadre de ce programme nous avons préparé une activité multidisciplinaire de protection de la société civile dans la CEI, qui inclut des travaux sur toutes la gamme des thèmes liés d’une manière ou d’une autre avec la protection des organisations dans la CEI et la solidarité envers elles, la défense des doits élémentaires et des libertés. Comme les autorités ont essayé de fermer notre organisation, nous avons l’intention de mettre en oeuvre ce programme de manière très active ces prochains mois, de façon à ce qu’il n’y ait aucun doute quant à sa réalité, et que l’on comprenne qu’on ne peut pas décréter la fermeture de la société civile si facilement. Nous sommes peut être jeunes, mais nous avons assez d’expérience pour mener à bien ce programme !

De plus, une partie significative de l’activité de YHRM consiste à soutenir et développer les initiatives civiques de jeunes, l’implication des jeunes dans l’action citoyenne et en faveur des droits humains : c’est-à-dire des formations, constructions d’organisations, consultations légales, assistance dans la recherche de financement, programme de micro-crédit, etc.

Si nous parlons de plans pour l’avenir, tout d’abord nous voulons nous occuper plus sérieusement des régions de la CEI dites “à problèmes” et développer une activité multiforme pour aider les organisations civiques de ces régions et protéger des droits fondamentaux tels que la liberté d’association et de réunion. Deuxièmement, nous commençons à travailler à l’organisation d’écoles de droits humains pour jeunes militants des pays de l’ex-URSS. Troisièmement, nous développons des programmes d’éducation dans les régions russophones, en fonction de leurs problèmes spécifiques, largement liés au conséquences du régime soviétique.

Comment le réseau est-il organisé en Russie ?

AY : La structure du réseau YHRM en Russie est pratiquement la même que celle du réseau international dans son ensemble. Une représentation nationale de YHRM existe sous le nom Groupe de jeunes pour les droits humains - Russie (YHRG-Russia), c’est la base du réseau YHRM pour la Russie. La responsabilité de son activité ainsi que les fonctions représentatives reposent sur les membres du réseau en Russie. De plus, il existe de nombreuses représentations régionales, principalement dans la partie européenne de la Russie. Les informations circulent par e-mail entre les militants de YHRM en Russie, comme avec ceux d’Ukraine ou d’Allemagne, si bien que toute personne intéressée peut accéder à cette information, où qu’elle réside.

Comment l’YHRM a commencé ? Votre histoire personnelle est intéressante...

AY : Mon histoire en tant que militant des droits humains a commencé en 1988, quand j’ai rejoint une organisation illégale. Je comprenais que je pouvais avoir de gros problèmes. A cette époque, la perestroïka avait déjà commencé, et, si personne n’était plus jeté en prison, on pouvait facilement être exclu de l’université. Je m’intéressais à la littérature, écrivais des poèmes et je suis entré dans des associations littéraires informelles. Je n’écrivais pas dans l’esprit du réalisme socialiste, être publié était difficile. J’ai rencontré des membres d’une association semi-dissidente, le Syndicat des écrivains et journalistes. Ensuite, je suis devenu un militant actif du mouvement étudiant et un des dirigeants du syndicat et mouvement des droits humains de la région de Tchernozem. A la fin des années 90 tous mes amis étaient soit en politique, soit dans les affaires. Moi je suis resté durant toutes ces années un militant engagé pour les droits humains.

En 1997, pendant une conférence internationale sur les droits humains organisée pour l’anniversaire du Groupe Helsinki de Moscou, j’ai découvert avec horreur que presque aucun des participants n’avait moins de quarante ans. Et je me suis projeté dix ans en avant, en 2007, avec alors quasiment plus personne pour renouveler la génération des dissidents. Au milieu de ces sombres pensées, je me suis tourné vers Lyudmila Mikhajlovne Alekseevoj, présidente du Groupe Helsinki de Moscou, et elle était d’accord sur le fait qu’il était nécessaire et urgent de chercher des jeunes, de faire émerger une nouvelle génération de militants. Avec des amis, nous avons cherché des jeunes, envoyé des lettres aux organisations de droits humains existantes, nous avons commencé à organiser des séminaires, et tout simplement permis à des gens de se rencontrer, de différentes régions et de différents pays. Et quelques années plus tard, quand le besoin s’en est fait sentir, nous avons été en mesure d’enregistrer une organisation internationale : le Mouvement des jeunes pour les droits de l’homme (YHRM), même si en Russie, la procédure était assez complexe ; Aujourd’hui, YHRM lui-même est à l’origine de divers programmes, intervient sur beaucoup de thèmes « adultes » et nombre de militants ont maintenant plus de trente ans, ils ont mûri depuis dix ans, et pas seulement sur le plan professionnel.

C’est pourquoi le fait que l’on ai fermé notre organisation, sous prétexte qu’il n’y avait pas de preuves suffisantes de notre existence, nous fait sourire et nous montre, à nous-mêmes comme aux divers violateurs des droits humains, que nous ne nous contentons pas d’exister : nous agissons, et nous agissons efficacement. Nous ne sommes pas simplement une organisation, nous sommes une nouvelle génération. Et il est impossible de fermer une génération, même par la loi.

Karine Gantin


[1Vous pouvez accéder au dossier Russie de l’AEC en cliquant ici

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