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Sidu 2005 en Moldavie : témoignage d’une jeune participante turque

26 novembre 2006 

Le SIDU organisé par HCA France et le HCA Moldavie
s’est déroulé du 15 à 19 août en Transdniestrie.
Intitulé “ Identités, nationalisme et résolutions des conflits ”, le SIDU comprenait de nombreuses conférences, dont certaines sur les révolutions dans les anciennes républiques soviétiques et les dilemmes politiques auxquels fut confrontée la Moldavie, les problèmes écologiques résultant du nationalisme, les immigrés africains en Moldavie, les droits des Roms... De plus, quatre ateliers ont été organisés afin de prolonger la discussion sur les thèmes suivants : l’élargissement du réseau HCA, l’Histoire comme source de conflits en Europe, genres et conflits, les forums sociaux et le mouvement altermondialiste. Pendant le SIDU, on a vu aussi des documentaires, et un match de foot anti-raciste (où j’ai joué dans l’équipe perdante) a été organisé. Au total, le SIDU s’est révélé être un échange d’idées et d’informations efficace qui a facilité le débat entre les participants de NIS, France, Autriche, Pologne et Turquie.

Pour les Turcs, la Moldavie est un pays dont les femmes, souvent belles, immigrent occasionnellement
dans les centres urbains de Turquie pour travailler
comme aide à domicile. Comme ce n’est pas un pays touristique, il n’y a pas beaucoup de Turcs qui savent où se trouve la Moldavie. Toutefois, on compte beaucoup d’investissements turcs dans la région. Ma participation au SIDU fut décidée seulement une semaine avant le SIDU. Aussi, j’ai dû courir entre les agences de voyage pour essayer de comprendre “ comment un Turc avec un passeport spécial peut voyager à Chisinau ”. Comme la réglementation ne cesse de changer, les agences de voyage avaient chacune une opinion différente sur mon visa : je devais le demander à l’ambassade, je pouvais l’acheter à l’aéroport, voire on m’indiquait que je n’en avais pas besoin du tout. Au final, j’en avais besoin, et il pouvait être produit dans les cinq jours au consulat moldave d’Ankara. Mon passeport voyagea donc à Ankara pour me revenir tamponné contre 90 dollars.

On peut se rendre en Moldavie en avion. L’autre possibilité et de prendre le bus entre Istanbul et Chisinau ; il faut compter environ 24 heures pour arriver à Chisinau. Ma première idée était de prendre
le bateau jusqu’à Odessa, puis le train jusqu’à Chisinau, mais je fus obligée de prendre l’avion car l’obtention du visa prit plus de temps que prévu.

A l’aéroport, quand je suis arrivée à l’enregistrement, j’ai vu que la foule en partance pour la Moldavie était presque entièrement féminine. Il y avait seulement
quelques hommes turcs qui accompagnaient leur femme à l’aéroport pour leur dire au revoir. Avant de partir en voyage, j’ai lu que 67% des femmes moldaves travaillaient (soit la deuxième place mondiale pour le travail des femmes).

L’histoire

La Moldavie a été divisée et dirigée par de trop nombreuses puissances dans sa longue histoire. Aujourd’hui, la Moldavie comprend deux régions distinctes, divisées par une rivière : le Dniestr. La Bessarabie roumaine comprenait la région à l’Ouest du Dniestr, tandis que la Russie administra l’Est de la rivière (Transdniestrie) après avoir défait l’Empire Ottoman en 1792. La Bessarabie, partie de la principauté
roumaine de Moldavie fut annexée en 1812 par l’Empire Russe. En 1918, après la Révolution d’Octobre, la Bessarabie déclara son indépendance
mais, deux mois plus tard, le pays décida de s’unir à la Roumanie. En 1924, l’Union soviétique créa la RASS de Moldavie à l’est du Dniestr et plus tard transféra la capitale de Balta (aujourd’hui en Ukraine) à Tiraspol (aujourd’hui capitale de Transdniestrie).

En 1940 l’armée soviétique occupe la Bessarabie roumaine et l’incorpore à la RASS de Moldavie. Cette nouvelle république devient la République
socialiste soviétique de Moldavie. Suite à cette nouvelle unification, la Bessarabie connu une soviétisation forcée, marquée par la déportation de 300 000 roumains. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les troupes roumaines et allemandes attaquent
l’URSS et des milliers de juifs sont déportés
de Moldavie vers les camps d’extermination. Les politiques de Gorbatchev de glasnost et perestroïka
ont préparé la route pour les nationalistes du Front populaire de Moldavie en 1989. La langue
moldave (en caractères latins) est réintroduite comme langue officielle de l’État et le drapeau national
a été réintroduit. En août 1991 la Moldavie déclare son indépendance.

L’émergence des nationalistes a également inspiré les autres minorités en Moldavie. En 1988 un mouvement
s’est formé en Transdniestrie pour défendre les intérêts des minorités slaves. Suite à ça, le Parti Gagauz Halki est créé dans le sud de la Moldavie, où la minorité turc qui parle Gagauz est concentrée.

Les Gagauz ont proclamé la RSS de Gagauzie en 1990. Un mois plus tard, les Transdniestriens déclarent leur indépendance et établissent la République
Moldave de Transdniestrie. Tandis que les Gagauzi n’ont pas fait pression pour plus qu’une autonomie au sein de la Moldavie, la Transdniestrie réclame pas moins que l’indépendance. En 1992, l’état d’urgence a été déclaré et la guerre civile a éclaté. La milice de Trans-dniestrie, soutenue par la Russie, est entrée en conflit avec la police de Moldavie
 ; conflit qui provoqua la mort de 500 à 700 personnes. Finalement, pour maintenir la paix, une force tripartite téléguidée par la Russie, constituée des troupes russes, moldaves et trans-dniestriennes a été stationné dans la région.

J’étais curieuse de voir à quoi ressemblait la frontière
aujourd’hui.

Chisinau

Je devais retrouver Florent Schaeffer d’ HCA-France
à l’aéroport. J’avais correspondu avec lui la semaine
précédant la conférence. Après l’avoir trouvé,
on a pris le maxi-taxi (le tuk dolmu-) pour l’hôtel Tourist. Notre hôte, HCA Moldavie, avait préparé un grand dîner de bienvenue pour nous. On a apprécié
la délicieuse cuisine de Moldavie, et leur vin rouge. Pour moi, la première surprise c’était que je pouvais parler en turc. J’étais assez étonné quand Rauf et Nigar, les deux participants de Bakou m’ont salué d’un “ Merhaba ”(bonjour en turc).

Le lendemain matin découverte de Chisinau, la capitale
de la République de Moldavie. Les avenues de Chisinau sont larges, presque aussi larges que les stades de foot. La ville est riche en jolis parcs et magnifiques immeubles. L’architecture des rues est inspirée du système soviétique. Les arbres sont si massifs qu’ils couvrent presque le ciel. Eu même temps, la ville donne l’impression de manquer de population, peut-être à cause de sa taille immense, et elle est assez silencieuse, surtout si je la compare
avec ma ville très bruyante (Istanbul). Néanmoins,
en se promenant dans Chisinau, il est difficile
d’imaginer que ç’est la capitale de l’un des plus pauvres pays au monde, surtout au vue de toutes les Mercedes et les Jaguars qui passent à côté.

Autre chose a capté mon intention : l’évidence des investissements turcs. Mon GSM Turccell a changé en Moldcell, une initiative de l’opérateur turc de GSM. Le savon que j’ai utilisé à l’hôtel était “ faks ”, produit en Turquie, la lingerie qui était soldée au bazar ç’était “ do-re-mi ”, et le distributeur de biscuits
ultra connu s’appelle “ Nefis ”, ce qui veut dire délicieux en turc. Le grand hôtel Dedeman est situé dans la ville. Plus tard j’ai appris de mes amis moldaves que les Turcs, Israéliens et Russes sont les plus grands investisseurs en Moldavie depuis l’indépendance en 1991.

Passer en Transdniestrie

Départ de Chisinau en car. Après une heure de voyage, Irina d’HCA Moldavie collecte nos passeports.
On va traverser la frontière ! Les autorités de Transdniestrie ont demandé nos papiers pour entrer dans le “ pays ”. La frontière est hautement sécurisée,
on a pu voir les tanks camouflés (et les photographier
secrètement !). De plus, du poste frontière, on avait une belle vue sur la bizzarement nommée “ Sheriff ”, la station à essence de la chaîne qui appartient à Smirnov, l’ ex-communiste qui dirige la Transdniestrie. On nous a demandé d’attendre dans le bus pendant que la police frontalière décidait si on pouvait entrer ou pas.

Au bout de quatre heures de voyage, on arrive au sanatorium. Le sanatorium domicilie déjà une centaine
de personnes âgées. Ce complexe d’eaux thermales est situé dans le village de Kochiery, près de la ville de Dubossary. En 1992, il y avait là une opération militaire et, en fait, c’est une des raisons pour laquelle le SIDU se tient ici. On outre, d’ici on peut facilement voire l’autre côté de la frontière, on peut même nager jusqu’en Moldavie ! C’est comme si la rivière symbolisait combien c’est ridicule d’avoir des frontières et tout ce qui va avec. Dans les jours qui suivent on verra un documentaire satirique sur les frontières.

Cette journée fatigante s’est terminée par la présentation de Bernard Dreano sur la “ Musique et la paix ”. On écoutait les chansons des différents pays mixées avec la musique d’autre pays du monde
 : musiques sarde, türküler avec des paroles en arménien - cela était comme un symbole de la fraternité
entre les Turcs et les Arméniens.

La conférence commence

Le vrai premier jour commence avec la présentation
d’HCA par Florent. Helsinki Citizens’ Assembly
existe depuis les années 70. Suite à un traité signé en 1975 entre l’Est et l’Ouest, des dissidents démocrates de l’Est et des membres de la société civile de l’Ouest décidèrent de créer un réseau des peuples contre la course aux armements. L’“esprit d’Helsinki ” définissant la lutte pour les droits de l’Homme, la constitution de la démocratie par en bas, la résolution pacifique des conflits, continue de nos jours. De plus, la chute du mur de Berlin et le nouveau contexte politique et global qui s’ensuivit a facilité l’expansion de ce combat vers l’Est. En octobre 1990, les pacifistes de toute l’Europe, Vaclav Havel à leur tête, se sont mis d’accord, dans “ L’Appel de Prague ”, pour définir HCA comme un forum permanent dans lequel les groupes pour la défense de la paix et des droits civiques, ainsi que les individus ou les institutions représentant différents
points de vue pouvaient échanger leurs expériences,
débattre sur les sujets en commun et créer des campagnes.

Aujourd’hui HCA est une importante organisation non-gouvernementale pour la paix en Europe. Ces jours-ci, comme l’explique Florent, le réseau HCA s’élargie vers l’Asie centrale.

HCA Moldavie

Ensuite le groupe d’HCA Moldavie commença sa présentation. HCA Moldavie fut fondé en 1993. Depuis
il est actif dans beaucoup d’actions pour la paix, de défense des droits de l’Homme ou encore l’anti-racisme. HCA Moldavie a organisé la première
table ronde sur la résolution du conflit en Transdniestrie.

En expliquant brièvement l’histoire et la politique de la Moldavie, HCA Moldavie a montré que la Transdniestrie est une région plus proche de la législation soviétique, alors que la Bessarabie est plutôt une région pro-occidentale, proche des idéaux démocratiques. Même les alphabets utilisés,
à savoir le cyrillique et le latin, symbolisent la différence entre les 2 régions.

Le racisme anti-africain

Mais, d’autres résidents en Moldavie sont encore plus “ différents ”. La présentation suivante venait de Keita Abdramane, membre de “ Fatima ”, l’ONG moldave qui combat pour les droits de la communauté
africaine. La plupart des Africains qui vivent actuellement en Moldavie sont arrivés dans les années
80, car la République soviétique offrait massivement
des bourses d’études. Beaucoup d’entre eux se sont mariés à des Moldaves, mais ils n’ont pas réussi à obtenir la nationalité à cause de nombreuses
difficultés bureaucratiques. Keita a démontré
qu’ils sont les victimes de discriminations de la part des employeurs et, souvent, ils ont le travail le plus ingrat et le moins payé. Actuellement, il y a 50 familles d’origine africaine, la plupart d’entre elles viennent du Soudan ou de Somalie. Certaines personnes
ont fait une demande d’asile pour échapper à la violence de leur pays. « Fatima » aide non seulement
les adultes, mais aussi elle s’occupe d’enfants
de couples mixes ou africains pour assurer qu’ils ne souffrent pas dans la société moldave à cause de leurs origines. « Fatima » organise aussi des matchs de foot amicaux anti-racistes.

La Gagauzie

Leonid et Natalia de Gagauz Yeri ont fait la présentation
suivante. Les Gagauz sont les peuples d’origine
turque qui vivaient avant en Bulgarie et qui sont ensuite partis pour la Bessarabie lors des guerres turco-russes. Ils sont de confession orthodoxe. La langue Gagauz est assez similaire à la langue turque,
avec une influence russe, quoique aucun des participants n’a parlé la langue gagauz. Je pouvais identifier quelques mots turcs dans les documents qu’ils nous ont distribués. Tandis qu’elle est subordonnée
constitutionnellement à la Moldavie dans le domaine des Affaires étrangères et de la Défense, la Gagauzie est une région autonome qui couvre 1830 km2 de terrain non continu au sud de la Moldavie.

Les 20 000 Gagauz qui y résident ont gagné le droit d’auto-détermination en janvier 1995 - le dixième anniversaire a été célébré récemment, et Suleyman Demirel (1er ministre turc) fut alors invité d’honneur.

Actuellement, les Gagauz essayent de promouvoir leur identité nationale et culturelle, de faire revivre la langue et les coutumes, qui ont été étouffées pendant l’oppression soviétique.

Nationalisme et droits des minorités

Suite aux débats sur le racisme en Moldavie et l’identité Gagauz, Bernard Dreano, le co-président de HCA, a expliqué aux participants l’idée de nationalisme
selon Gellner pour mieux comprendre l’arrière-plan théorique de ce qu’on a entendu et de ce qu’on va entendre. Natalya Belitser, co-fondatrice
d’HCA Ukraine, a continué la journée sur un sujet similaire. Elle a expliqué que le droit des minorités
est un concept européen et que c’est pour cette raison que la Turquie a des difficultés avec l’Union européenne sur ces questions. Elle a mis l’accent sur le fait que pour l’Empire ottoman les minorités ont été toujours les minorités religieuses, que ça soit les juifs ou les chrétiens, mais dans les temps modernes (aujourd’hui) les Turcs perçoivent certains autres musulmans comme des minorités même si cela n’a pas été le cas sous les Ottomans. Après ça, il y a eu un débat entre les participants sur la question de la discrimination positive et l’affirmative
action, ce qui a été en réalité l’un des débats la plus chauds de tout le SIDU ! Quand le débat a finalement fini, on est vite monté pour le goûter, pour retourner une demi-heure plus tard à la première session des groupes de travail.

Les Forums sociaux

Le groupe auquel j’ai participé était “ Forum social et mouvement altermondialiste ”. En introduction, chacun dans le groupe a défini un aspect positif et un aspect négatif de la mondialisation. Ensuite, Bernard, qui par hasard était le tuteur du groupe, nous a fait un bref historique des forums sociaux dans le monde, ce qui était vraiment intéressant. Il nous a informé sur le 1er sommet mondial non-officiel,
celui des Nations-Unies sur l’environnement en 1992 comme le commencement de l’influence des sociétés civiles sur les officiels, il nous a aussi expliqué la démocratie participative qui était au centre du fonctionnement des forums sociaux. Bernard
nous a aussi donné des exemples des résultats
obtenus par le Forum Social, le Forum Social Mondial à Mumbaï a poussé les gens à voter, ce qui a permis d’écarter du pouvoir le BJP, le parti nationaliste
hindou en Inde. Les forums sociaux sont comme les bazars où une personne doit aller pour chercher des légumes, mais au retour à la maison, il est seul à préparer sa soupe.

Un héros moldave

Après le dîner, on a projeté une vidéo sur Stefan del Mare, héros moldave vainqueur des Turcs, projection
dont j’étais « exclue » à cause de mon incapacité
à comprendre le russe. Stefan del Mare était un prince de Moldavie qui était connue en Europe à cause de sa résistance contre l’Empire ottoman. Quand le sultan Mehmed II a lancé ses attaques contre la Moldavie, Stefan a remporté contre les envahisseurs une victoire qui a contenu l’avance turque vers les Balkans pour quelques temps. Mais, à partir de 1484, Stefan était obligé de se défendre, non seulement contre les invasions turques, mais aussi contre les Polonais et les Hongrois pour défendre l’indépendance de la Moldavie. Finalement, en 1489 il a conclu un traité avec le sultan Beyazid
II qui préservait l’indépendance moldave contre un tribut annuel. Puis la principauté de Moldavie est passée sous la souveraineté de l’Empire ottoman pendant 300 ans.

Apparemment Stefan del Mare est le plus grand héros de la Moldavie. Quand j’ai demandé aux participants moldaves à propos de la place de son héroïsme dans les cours d’histoire en Moldavie, j’ai appris que, d’une certaine manière, il nourrissait le sentiment anti-turc. Bien entendu, Stefan del Mare est utilisé pour promouvoir le nationalisme moldave.

Les Roms

Le droit du peuple rom en Moldavie était le sujet du débat de deuxième jour de SIDU. Les Roms sont arrivés en Moldavie en 1428 ; ils étaient traités
comme des esclaves jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. Les Moldaves ont utilisé leurs nombreux talents
en les forçant à travailler pour l’État, les monastères
ou encore de grands propriétaires. Tatiana nous a informés qu’au XIXème siècle, les Roms ont acquis le statut de “ paysans libres ”. Ils souffraient toujours de pauvreté et de discriminations, mais enfin ils étaient libres. Néanmoins, les choses ont changé depuis le début de la Deuxième Guerre mondiale. Les Roms ont été déportés en Transdniestrie,
et vers des camps de concentration. Finalement,
en 1971, ils ont gagné le droit d’être appelé le peuple Rom car “ Rom ” dans leur langue veut dire homme, et ils étaient reconnus comme une minorité.

L’Asie Centrale

Après la fin des groupes de travail, dans lesquelles
Hela et Olga ont partagé avec nous leurs expériences
sur les forums sociaux de Tunisie et de Bielorussie, on a eut une séance sur l’Asie centrale. Olivier, qui a vécu au Kazakhstan et au Tadjikistan travaillant pour des projets de l’Union européenne, a récemment fini d’écrire une thèse sur l’Asie centrale.

La séance, qui était passionnante, a fini vers 23 heures. L’Asie centrale, qui était le berceau des tribus nomades indo-iraniennes, a laissé entrer l’influence de l’islam après la guerre du Talas en 751. Depuis, les habitants de la région, quoique ethniquement différents, ont partagé la culture pluri-langues islamique sans conflit majeur. Mais cette période s’acheva avec l’arrivée des troupes russes qui ont poussé vers le Sud, alors que les Britanniques arrivaient du Sud, depuis l’Inde et l’Afghanistan.

Depuis l’ère du “ Grand jeu ”, l’Asie centrale n’a jamais trouvé une paix réelle. Les nouvelles frontières ont été inventées, les langues nationales ont été créées et les écritures ne cessent pas de changer sous l’influences des différentes idéologies.

Les héros qui correspondent à la nouvelle idéologie nationaliste ont été inventés. Et, pour finir, les peuples anciens se sont retrouvés minoritaires chez eux. L’Asie centrale reste un lieu de nombreux conflits et problèmes non résolus.

Un peu de tourisme

En route pour Orchei Vechi, un monastère situé dans un endroit désert, caché dans des rochers. Ce monastère, d’où l’on voit la rivière Raut, fut édifié par les moines orthodoxes au XIIIème siècle. Longtemps
inhabité, en 1996, un groupe de moines y est retourné pour restaurer petit à petit ce lieu de prière. L’endroit est aussi riche en trésors archéologiques
et il y a même un musée sur le sujet. Mais ce qui a fait de cette visite un moment inoubliable, ce n’était pas la vue incroyable sur la plaine de la terrasse en pierre, mais “ l’expédition de l’eau ”. Comme on avait souffert de la soif pendant tout le voyage en bus, on a été très heureux de trouver un puits qui a étanché notre soif dans le village de Trebujeni, à côté de Orchei Vechi.

Des frontières infranchissables

Ce soir-là ? Nous avons regardé un documentaire intéressant sur les frontières, qui a été fait par des diplômés en Droits de l’Homme de Malte : à Chypre,
ne pouvant pas traverser la frontière terrestre du Nord au Sud, l’équipe a dû prendre l’avion jusqu’à
Istanbul ; de là prendre un autre avion pour Athènes et, enfin, un dernier avion d’Athènes à la partie Sud de Chypre. Une aventure semblable s’est déroulée quand ils ont essayé de passer la frontière israélo-libanaise. Le documentaire exposait ainsi de nombreux exemples ironiques, laissant chacun un peu perdu.

Des conclusions ?

Le dernier jour du SIDU, après la présentation d’Anne
Madelain sur les cultures en Europe balkanique, tout le monde est retourné préparer les conclusions de son groupe de travail. Le fruit des travaux des groupes fut le suivant : (1) préparation d’une charte du réseau HCA - mise à jour basée sur l’histoire ; (2) propositions pour le prochain SIDU - Où ? En Crimée
ou en France. Comment le financer ? (3) Préparation
d’un atelier pour le forum social européen à Athènes. De plus, l’idée de créer un secrétariat international pour le réseau HCA fut de nouveau affirmé. L’atelier sur “ L’Histoire comme cause de conflit en Europe ” arriva à la conclusion que l’enseignement
de l’histoire pouvait contribuer à la tolérance
entre les peuples et au respect, non seulement
pour sa propre nation, mais aussi pour celles des autres. L’atelier mit en lumière l’absence d’une telle approche en Europe de l’Est, pour preuve les manuels d’histoire tendancieux. Les participants moldaves ont noté la nécessité de cours d’histoire intégrés dans leur pays, ce qui promouvrait le respect de tous les habitants de Moldavie, mais aussi dans le Dniestr peut devenir une activité éducative pendant un SIDU : Ilya, notre écologiste moldave expliqua pourquoi la rivière était 5 degrés plus froide
que d’habitude à cause du barrage ukrainien. C’était notre dernière nuit en Transdniestrie, et la fête d’adieux fut longue et joyeuse, arrosée de vin arménien, mangeant des loukoums et appréciant
la musique moldave dans la discothèque du sanatorium, attirant l’attention de soldats transdniestiens. Le lendemain matin on se leva tôt pour être à l’aéroport à 11h00, parce que “quelqu’un”
devait prendre un avion pour rentrer (okay, je l’avoue, c’était moi).

Au prochain SIDU...

Le SIDU ne fut pas important seulement pour recueillir
des informations, mais aussi pour permettre à des gens venus des quatre coins de l’Europe de se rencontrer. Les nombreuses activités ont donné du piment aux pensées provocant discussions et débats, et chacun retourna chez soi avec de la matière
pour réfléchir et, aussi, attendre le prochain SIDU.

Gökçe Günel, Turquie

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