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Accueil > Thèmes et Chantiers > Guerre globale > Dossier 11 septembre 2001

Pour une coalition mondiale contre les causes du terrorisme
Par Moncef Marzouki le 14 décembre 2001

Les événements tragiques du 11 septembre ont constitué pour les droits de l’homme, une véritable catastrophe.
Il y a eu d’abord la violation brutale du droit à la vie de plusieurs milliers d’Américains innocents. Il y eut ensuite la sinistre réaction en chaîne qui priva du premier droit de la personne humaine un nombre encore indéterminé d’innocents en Afghanistan et au Moyen-Orient.
Mais la catastrophe pourrait affecter à plus long terme d’autres droits.
Les libertés fondamentales commencent insidieusement à être menacées là où nous les pensions les plus en sécurité c’est-à-dire dans les démocraties occidentales. Si ces libertés se mettent à reculer en Occident, elles feront rapidement naufrage dans le reste du monde, du moins là où elles ont pu s’imposer et se maintenir.
De plus, tout le discours démagogique des dictatures du Sud, opposant sécurité et libertés, pour couvrir arbitraire et corruption, a retrouvé une nouvelle vigueur. Dès les attentats terroristes contre New York et Washington, le président tunisien Ben Ali en a immédiatement profité pour renforcer la répression contre les démocrates et mettre en quasi-résidence surveillée tous les militants des droits de l’homme de Tunisie.

Mais paradoxalement les événements tragiques du 11 septembre pourraient être aussi bien une formidable chance pour ces droits et pour la démocratie dans le monde. À l’occasion de ce traumatisme général, il y a eu une formidable prise de conscience de notre commune fragilité et de notre interdépendance croissante. Le niveau de menace sur tout ce qui maintient le monde en marche (transport aérien, tourisme, courrier, relation entre les religions, santé) nous est soudainement apparu comme inacceptable car n’épargnant désormais plus personne.
Tout aussi important est la prise de conscience que le traitement du terrorisme par le seul remède policier ou militaire a peu de chances de nous débarrasser du phénomène. Voilà qu’on parle d’un État palestinien indépendant pour éteindre enfin le principal foyer d’incendie du Moyen-Orient. Mais on parle aussi d’éviter l’affrontement des cultures, du rôle de l’économie donc du développement dans le contrôle du terrorisme. On jette un regard nouveau sur les effets à long terme des politiques à court terme comme l’appui occidental aux dictatures du tiers monde qu’il s’agisse de l’Iran des années 70, ou bien des actuelles pétro-monarchies.

La question est de savoir de quel côté va pencher la balance. Cela dépendra surtout de la démarche qui va prévaloir pour la solution du problème. Or il y en a actuellement deux. La première, déjà en cours, est celle de la coalition internationale contre le terrorisme telle que mise en place par le gouvernement américain. Il s’agit de mobiliser dans la hâte une coalition hétéroclite entre des démocraties et des dictatures, unis dans un projet essentiellement sécuritaire, même s’il s’adresse à des niveaux différents du problème comme l’assèchement des sources financières, ou le contrôle des médias. C’est le traitement de la maladie par les symptômes. Autant vouloir guérir un fiévreux en l’aspergeant d’eau glacée sans tenir compte de l’origine de la fièvre et du traitement spécifique qu’elle exige. Or il a été démontré plus d’une fois dans l’histoire récente que la guerre ou la répression policière n’affament pas le terrorisme mais le nourrissent. De plus, renforcer les régimes dictatoriaux et corrompus du Sud, largement responsables, dans sa flambée, revient à alimenter le feu d’une main en essayant de l’éteindre de l’autre. Le problème ici est que nous sommes face à une caractéristique structurelle du pouvoir. Les hommes et les femmes politiques, trop soumis à la nécessité du bénéfice tangible et immédiat et trop pris par le caractère éphémère de leur carrière, ne sont pas en mesure de s’investir dans un long terme aléatoire dont ils ne pourraient tirer aucun bénéfice personnel. Le traitement portera donc sur les symptômes plus accessibles et plus « rentables » en terme de carrière. Les causes, elles seront laissées à la bureaucratie, au hasard et autres forces occultes. D’où un facteur de risque de plus pour l’évolution chaotique de notre monde. S’il est exact que la guerre est une affaire bien trop sérieuse pour être laissée aux militaires, ne peut-on dire aussi que la politique est une affaire bien trop sérieuse pour être laissée aux politiciens ? C’est ici que s’ébauche la deuxième approche du problème : celle de la société civile internationale. Que ce soit sous les régimes démocratiques ou sous les dictatures, les associations de citoyens sont en train de devenir le nouveau grand acteur politique de ce siècle. Présentes aussi bien dans le Sud que dans le Nord, ces associations si hétérogènes en apparence, sont remarquablement similaires par leur approche participative et pragmatique des problèmes ainsi que par des valeurs communes, comme la démocratie, les droits de l’homme, le sens de la citoyenneté et de l’universalité. Leurs nombre, influence et champs de compétence vont grandissant.

On a dit à juste titre que le XXIe siècle sera celui des sectes, des maffias et des ONG. Espérons et faisons qu’il soit surtout celui des ONG. S’agissant de risques aussi considérables que l’affrontement des cultures, le recul des libertés dans les pays démocratiques, le renforcement des dictatures dans le Sud et l’extension de la guerre ; la société civile internationale se doit d’être massivement présente dans la réflexion et la lutte contre le terrorisme. Telle que composée, avec les valeurs qui sont les siennes, son implication sur le terrain dans toutes les situations dramatiques qui le génèrent, elle peut, mieux que quiconque porter le diagnostic exact sur les origines du mal et lui proposer les remèdes les plus appropriés. Il ne lui suffit donc pas de manifester pour la paix, car son action n’est pas seulement de répondre à l’urgence.
Il lui faut une doctrine et une politique de lutte contre le terrorisme qui sera forcément celle de la promotion de la Démocratie, du développement durable, du soutien des solutions pacifiques des conflits en cours, essentiellement le problème palestinien et du bannissement des embargos criminels, destructeurs de peuples et alibi des dictatures comme en Irak. Un sommet mondial de la société civile internationale pour réfléchir ensemble, toutes cultures confondues, aux solutions de fond et à long terme, est donc plus que jamais nécessaire. Un tel sommet réunissant les grandes ONG du Nord et du Sud, travaillant dans les domaines de la défense de la paix, des droits de l’homme, du développement durable et de l’information ; rappellerait à la fois le poids de la société civile internationale, et le caractère impératif de la deuxième démarche. Au lieu de se perdre dans des discussions spécieuses dans la définition du terrorisme, la conférence n’aurait aucun mal à identifier les grandes causes qui génèrent la violence politique et entretiennent les comportements extrémistes. Reste à savoir ce qu’on pourrait faire avec des informations qui ne sont plus un secret pour personne. Il est peu vraisemblable que les actions des ONG puissent constituer une alternative ou rivaliser avec celles du politique englué dans son opacité, cynisme et fonctionnement à court terme. Mais elles peuvent considérablement gêner un tel fonctionnement en l’obligeant à prendre en considération les exigences de la société civile tant nationale qu’internationale. Une action de lobbying en faveur du traitement par les causes, relayée par une politique concertée d’information du public, ne peuvent que peser positivement sur les décideurs. Au-delà de tout résultat tangible, la réunion d’un tel sommet, par sa portée symbolique et « œcuménique », constituerait par elle-même un répit dans le flot des images traumatisantes diffusées par les médias. Au moment où les extrémistes de tout bord prêchent l’affrontement des cultures, que l’inquiétude grandit dans le monde, quel meilleur message pourrons nous envoyer sur notre détermination à arrêter l’escalade de la violence, de la peur et de la haine qui donne au monde actuel un visage si hideux et si inquiétant. Il est vrai qu’il est idiot de vouloir changer le monde. Il n’en est pas moins vrai qu’il est criminel de ne pas essayer.




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